Le cadeau de RamDam aux élus ingénus

Vous avez été élu maire en 2020 et vous sentez que la situation vous échappe ? RamDam va vous enseigner en dix leçons les ficelles du métier.

Comme dirait Michel Blanc, il est courant en politique qu’une ouverture se produise et qu’on se retrouve élu sur un malentendu. L’essentiel étant, si l’on orne désormais son vêtement d’une écharpe tricolore, de ne surtout pas prendre en compte les promesses que l’on a faites inconsidérément pendant la campagne électorale. Ensuite, avec un peu d’habileté et en lisant RamDam, vous pouvez envisager un long règne tranquille.

1.- Tes colistiers, tu mépriseras mais tu ne le diras pas.

«  La politique, c’est simple,  affirmait Didier Borotra, l’ex-maire de Biarritz, qui pourrait en remontrer à plus d’un question durée de règne. Il suffit de trouver trente couillons prêts à vous suivre et après vous faites à peu près ce que vous voulez ». Surtout pendant la campagne électorale, ne promets de poste à personne. On te prendra ainsi pour un politique responsable et réfléchi. Laisse simplement entendre à trois ou quatre de tes colistiers, à qui tu parleras séparément, que tu penses à eux pour le même poste. Ils vont rivaliser de zèle pour obtenir le titre d’adjoint tant convoité – et l’indemnité qui va avec !- et n’hésiteront pas à dénoncer ceux qui te critiquent dans ton dos. Renouvelle l’opération pour tous les postes possibles, tu auras ainsi la zizanie absolue dans ton équipe et les mains libres pour gouverner seul.

2.- Les indemnités, généreusement tu distribueras.

Lors du premier conseil municipal, tu dois en tant que maire déclarer le montant de l’indemnité que tu toucheras. Ce qui va agacer tous ceux qui donnent leur temps et viennent bénévolement au conseil municipal. D’autant que la plupart savent que tu bénéficies d’une fiscalité très douce, les indemnités des politiques échappant souvent à la voracité du fisc. Et que tu cumules comme un malade avec l’Agglo, le département ou la Région.  N’hésite donc pas une seconde à multiplier les titres d’adjoints et de conseillers délégués dans la mesure de ce que t’autorise la loi. Ce n’est pas toi qui paies et tu verras que la perspective de perdre une indemnité rend souvent dociles les plus rétifs. Rappelle-toi par exemple Louis Vial, ami d’enfance de Michel Veunac et simple conseiller municipal en 2014 à Biarritz. Il passe son temps en début de mandat à dire pis que prendre de celui qui est aux manettes. Devenu conseiller délégué puis adjoint suite à de nombreuses défections, il se montre soudain inconditionnel du maire. Les convictions en politique, il n’y a que ça de vrai !

3.- Faute d’indemnités, des hochets à profusion tu offriras.

Tu en es la preuve vivante : rares sont ceux qui croient aux belles idées qu’ils professent. La cupidité et la vanité sont les deux moteurs principaux qui poussent des gens à se présenter. Si tu n’as pas pu donner d’indemnité à tes anciens colistiers, qui tous ont soudainement envie de devenir calife à la place du calife, alors trouve leur un de ces hochets municipaux, souvent largement dotés de petits fours et réceptions, qui consolent bien des egos froissés. Les SEM (sociétés d’économie mixtes) ou les présidences de conseils de quartier, qui ne servent à rien comme chacun le sait, sont absolument parfaites pour cela.

4.- Ton opposition à plaisir tu diviseras.

Le premier jour de ton intronisation, montre-toi magnanime avec ton opposition, endors-la avec ta volonté de « dialoguer en permanence avec elle » et n’hésite pas à affirmer que tu lui réserves une place dans toutes les commissions de la Ville. Promesse qui ne te coûte rien car, en dehors de la commission des Finances, rien ne t’oblige à faire fonctionner ces dites commissions. Si tu as plusieurs opposants issus de la même liste, dis-toi bien qu’il y a autant de bazar, de jalousies et de rivalités chez eux que dans ta propre liste. Comme tu es astucieux, tu vas vite trouver l’opposant qui ne supporte plus la tête de liste avec qui il a été élu. Confie-lui tout de suite la présidence d’une commission qui ne sert à rien pour créer des tensions et, même si cet opposant est bête comme une valise sans poignées, prends l’habitude de le recevoir dans ton bureau et de lui confier des menues informations, contrairement au chef de file des opposants. Tu auras ensuite le plaisir de les voir s’étriper le jour du conseil municipal et tu n’auras plus qu’à gérer ta majorité, ce qui n’est déjà pas une mince affaire.

5.- De ton micro tu abuseras.

Depuis un an tu es le maire et tu dois oublier toutes les promesses que tu as faites à ton équipe au moment où tu avais besoin d’eux. C’est toi et toi seul qui décides. Heureusement, pour bien mener cette opération pendant les conseils municipaux, tu as à ta disposition un certain nombre d’atouts. Tu es le maître du micro et tu choisis à qui donner la parole. Depuis quelques années c’est un peu moins à la mode, mais tu as encore dans la grande majorité des salles la possibilité de couper le micro à celui qui t’insupporte. Rien de plus ridicule qu’un opposant qui s’énerve et s’égosille alors que personne ne l’entend ! Au moins une fois dans ta vie, offre-toi ce petit plaisir. Autre technique plus subtile, repère le maillon faible de l’opposition et donne-lui la parole au moment où le débat se crispe. Tu peux être sûr que ton opposant avec sa maladresse coutumière va tout fiche par terre et être ton meilleur allié. Lors du dernier mandat de Didier Borotra, un opposant était connu pour arriver bourré comme une cantine à chaque conseil. Dès que le ton montait, le roué « Soleil couchant », comme l’appelaient les Biarrots, donnait la parole à son opposant favori. Hilarité garantie tant l’élocution de l’opposant était pâteuse et on passait tranquillement à la délibération suivante.

6.- Avec une exquise courtoisie, les fâcheux tu ignoreras.

Tu l’as appris à chaque fois que tu sors dans la rue et que tes concitoyens t’interpellent : la politique, c’est dire oui à tout le monde et n’en penser pas moins. En fait, tout est une question de forme et non de fond. En plein conseil municipal, quand l’opposition semble décidée à en découdre, le maire ne doit surtout pas remettre une pièce dans la machine. Deux techniques fonctionnent très bien. Parler ostensiblement à son adjoint le plus proche en tournant le dos à l’opposant qui se décarcasse, histoire que tous les spectateurs comprennent l’inintérêt absolu de ce qu’il dit. Ou faire comme si, celui qui vous insulte avec véhémence, vous reprochant vos cachotteries, déloyautés ou fourberies, vous couvrait de compliments. Quand il ne peut plus respirer, conclure d’un rosissant « Merci, cher collègue ! » et passer très vite la parole à un autre membre du conseil sans daigner répondre. Subtile petite variante, introduite par Maïder Arostéguy lors du conseil municipal du 17 décembre dernier au casino Bellevue, en plein débat enflammé sur le BO : découvrir soudain qu’il fait froid et proposer des boissons chaudes à tout le monde. Corine Marineau qui avait sorti son beau maillot rose prêté par le BO, en est resté coite.

7.- L’ordre du jour tu surchargeras à plaisir.

Tu sais depuis longtemps que les membres du conseil municipal sont, tout comme toi, cupides, vaniteux… et humains. C’est toi et toi seul qui fixes la fréquence des conseils. Si tu as une délibération qui s’annonce compliquée à faire passer, la technique est simple : tu surchargeras à plaisir l’ordre du jour et veilleras à ce que le débat qui te préoccupe se déroule vers 23 heures. En général, même les plus combatifs n’ont plus qu’une hâte à cette heure-là : rentrer se coucher. Et la délibération que tu redoutais va passer comme une lettre à la Poste. C’est ainsi que lors du dernier conseil municipal à Bayonne, il y avait 60 points à l’ordre du jour.

8.- Le point sensible, tu noieras.

Bien entendu, comme tous les maires, tu as fait du béton ta chasse gardée et tu as remarqué que les rêves des promoteurs immobiliers coïncident rarement avec ceux de la population. Ils sont pourtant si sympathiques ces promoteurs qui savent que tu es un homme de goût et t’offrent des cadeaux en conséquence. Pour arriver à tes fins, la technique est pourtant simple. Une technique que le maire d’Hendaye, Kotte Ecenarro, maîtrise à merveille. Tu lances une enquête publique que tu affiches le plus discrètement possible sur le panneau prévu à cet effet à la mairie. Ce panneau que pas un citoyen ne regarde. Ensuite, le jour du conseil municipal, lorsque l’opposition se réécrie sur ce projet immobilier, tu prends l’air étonné et grand démocrate en affirmant que personne ne s’est manifesté pendant l’enquête publique, ce qui prouve bien que la population est en accord avec toi. Le tour est joué !

9.- Les idiots utiles, tu cultiveras.

Mets-toi bien cela dans la tête : tu es maire désormais, tu décides seul et tu ne vas pas t’abaisser à expliquer tes décisions, pas plus à ta majorité qu’à ton opposition. Tu es frappé depuis que tu possèdes l’écharpe tricolore du nombre de courtisans qui viennent t’expliquer combien tu es beau et intelligent. C’est parmi ces personnages qu’il faut choisir tes idiots utiles. Tu les invites dans ton bureau, et, pour leur faire sentir combien tu te sens proche d’eux tu leur expliques le message que tu veux faire passer, tout en précisant : « Surtout, tu ne le répètes pas ! » C’est le moyen le plus rapide qu’on ait trouvé pour informer tout le monde, car l’idiot utile, trop fier de montrer qu’il a l’oreille du maire, va s’empresser de colporter ce que tu lui as dit. Même chose avec l’idiot utile de l’opposition qui depuis que tu l’as choisi ne rêve que de dégommer son chef de file. En revanche, quand tu as une délibération vraiment importante à faire voter, tu n’en parles surtout à personne et tu la noies au milieu de l’ordre du jour.

10.- Et sous cape, comme un fou, tu te marreras…

Tu pensais en connaître un rayon en matière de servilité, de flagornerie et de bassesses, mais depuis que tu es maire tu pourrais écrire une thèse sur le sujet. Ah ces élus que l’on imagine courageux lors des conseils municipaux et qui viennent te voir dans ton bureau pour défendre une thèse ou faire une proposition « au nom de l’intérêt commun » qui coïncide miraculeusement avec leur intérêt personnel ! La politique est une drogue dure et tu sais déjà que tu vas te représenter et te représenter tant que les électeurs voudront bien de toi. Tu n’as jamais aussi bien gagné ta vie et, du moment que tu es prêt à assister à des réunions aussi inutiles qu’interminables et à dire toujours oui à tes concitoyens tout en n’en faisant qu’à ta tête, tu sais que tu vas te marrer tous les jours comme jamais dans ta vie antérieure.

Et on dit « Merci qui ? » pour ces dix bons conseils ? « Merci, RamDam ! »

Jean-Yves VIOLLIER

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