Promenons-nous dans les bois, ou la démocratie en marche

Parfois naïves et attendrissantes, les « balades urbaines » organisées par la ville de Biarritz dans le secteur d’Aguilera ont l’immense mérite de permettre à chaque citoyen de réfléchir au projet futur.

Être deux heures dans la peau d’un maire sans avoir à s’infliger une campagne électorale, un interminable serrage de mains ou des récriminations de riverains face aux crottes de chiens, n’est-ce pas que c’est tentant ? C’est ce que propose la mairie de Biarritz en vous conviant à des « Balades urbaines » dans le secteur d’Aguilera pour comprendre les enjeux de ce dossier à 350 logements, dans le dernier secteur foncier appartenant à la Ville. Les deux premières promenades ont eu lieu les 16 novembre et 11 décembre et une ou plusieurs autres devraient être organisées au printemps 2022.

Premier constat, la démocratie participative n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air et nécessite un apprentissage entre des questions trop généralistes ou trop triviales des participants. Organisée par une agence de communication et un cabinet d’architecture, l’idée est de promener les volontaires sur tous les points stratégiques du plateau d’Aguilera et de les laisser noter leurs réflexions.

L’une des quatre organisatrices de la visite.

Première démonstration avec le bois de Mont-Orient, qui sépare le plateau d’Aguilera du BAB. Faut-il raser ce bois ? Le préserver et construire ailleurs ? Faut-il sauver la maison délabrée au milieu des arbres pour en faire un espace municipal ?  La variété des réponses montre bien que l’exercice peut vite devenir complexe. Car bien évidemment, il y a toujours un riverain qui en revient à ses marottes, à savoir mettre un gendarme couché tous les cinq mètres tant, à l’en croire, les automobilistes roulent vite dans la rue Cino Del Duca ou un autre pour maugréer en disant que si des immeubles de quatre étages s’élèvent devant son pavillon, il ne lui reste plus qu’à partir.

Mais malgré ses limites, malgré le sentiment qu’a parfois le promeneur qu’on lui demande de définir par avance la couleur des volets des futurs bâtiments sans savoir où ils se trouveront, l’exercice est intéressant. Les architectes précisent qu’ils restent délibérément imprécis pour que les volontaires n’aient pas « le sentiment que tout est joué d’avance ».En effet, la phase de concertation va encore durer plusieurs mois.

L’aménagement de la zone où se trouve l’USB fait débat.

La déambulation sur le plateau et le bric-à-brac qui règne aux abords du stade qui accueille les rugbymen professionnels permet de vérifier à quel point le bénéficiaire du bail emphytéotique, Jean-Baptiste Aldigé, n’est pas soigneux. La sauvegarde de la maison rose apparaît comme une évidence pour tous, la piétonnisation de la zone sportive recueille presque tous les suffrages et la probable nécessité d’un parking souterrain apparait comme la seule solution si l’on veut créer 350 logements qui ne soient pas entassés les uns sur les autres. C’est le siège de l’USB qui suscite le plus de débats. Beaucoup ne voient pas l’intérêt de le déplacer pour mettre à sa place un immeuble de quatre étages dans une zone pavillonnaire et une petite majorité se dégage pour que le bâtiment soit rénové et reste à sa place.

Quand Borotra décidait seul

RamDam 64-40, association citoyenne, ne peut que saluer cette initiative de la mairie. Même s’il est difficile d’être dupe avec ces quinze volontaires, dont deux membres de RamDam et treize habitants du quartier, sur ce qu’il restera au final des propositions qui sont faites. Sans doute pas grand-chose !

Mais quand on habite depuis plusieurs décennies à Biarritz, qu’on a connu la désinvolture avec laquelle Didier Borotra a décidé seul pour la Cité de l’Océan, allant même jusqu’à choisir après l’appel d’offres, l’architecte le moins bien disant Steven Hall, comment ne pas se réjouir de cette ébauche de démocratie participative qui ne fera que des gagnants ? Les citoyens présents ont pu comprendre à quel point le travail du maire, garant des grands équilibres de la Ville, est complexe et seront sans doute à l’avenir plus nuancés dans leurs propos à l’égard des élus. Des élus qui vont découvrir de leur côté qu’on peut ne jamais avoir été candidat à une élection municipale et fourmiller d’idées pour le devenir de sa ville.

Les idées fusent et Maïder Arostéguy a intérêt à surveiller de près son écharpe tricolore, car des vocations se dessinent.

Face à cette belle tentative de démocratie participative que l’on regardera peut-être un jour avec nostalgie comme les photos jaunies de notre enfance, on ne peut donc avoir qu’un regret : l’aménagement d’Aguilera est l’affaire de tous. Pourquoi les gens du centre-ville et éventuellement des élus de la majorité et de l’opposition n’étaient-ils pas présents ?

Jean-Yves VIOLLIER et Pascale VIOT

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