Philippe Ruggieri : « Des solutions à la crise du logement existent »

L’ancien promoteur comprend parfaitement que des gens manifestent sur la Côte basque pour le droit au logement et déplore le manque d’imagination des politiques.

Philippe Ruggieri est persuadé que les villes basques sont en capacité de loger tous ceux qui recherchent actuellement un logement.

Ceux qui l’ont connu à l’époque où il était président du directoire de l’Aviron bayonnais savent que Philippe Ruggieri est un homme libre de pensée et de parole qui n’a jamais eu peur d’exprimer ses sentiments. D’où son amitié durable avec Alain Afflelou. Sachant qu’il est aussi à l’origine de nombreux programmes immobiliers dans l’agglomération toulousaine où il s’est toujours montré soucieux de logements sociaux et d’accession à la propriété, RamDam 64-40 n’a pas résisté au plaisir d’échanger, quelques jours avant la grande manifestation pour le logement prévue à Bayonne le 20 novembre, avec ce promoteur qui connait très bien la Côte basque puisqu’il y vit depuis trente ans.

Philippe, qui a décidé de mettre les petits papiers dans les grands pour notre venue, commence par exhumer une thèse universitaire sur le Pays basque au XIXe siècle. « Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas différent de ce qui se passait il y a plus de cent ans. Vous savez combien il y avait d’habitants à Biarritz de 1851 à 1891 ? » Et comme on cale lamentablement, l’ancien vice-président des promoteurs de France précise : « On est passé de 2 000 habitants à 9 000 habitants, car Biarritz était devenue une station balnéaire à la mode. Mais surtout à cette période, on est passé de 16 à 22 000 étrangers (c’est-à-dire des non-basques, majoritairement Français ou Espagnols), venus principalement pour construire les grands hôtels de la ville. Un certain nombre resteront définitivement sur la Côte basque et déjà à l’époque se posait le problème du logement pour tous ces gens ».

Philippe Ruggieri rappelle au passage que la population mondiale a triplé depuis 1939 et que les solutions immobilières d’hier ne peuvent pas être celles de demain. Érudit, il rappelle les propos de Victor Hugo dans « En voyage »: « Biarritz est un lieu admirable. Je n’ai qu’une peur, c’est qu’il ne devienne à la mode. Déjà on y vient de Madrid, bientôt on y viendra de Paris.(…) Alors Biarritz ne sera plus Biarritz. Ce sera quelque chose de décoloré et de bâtard comme Dieppe et Ostende. » Philippe Ruggieri éclate de rire et se montre féroce pour le grand écrivain : « Ce sont des propos de privilégié qui ne veut pas se mélanger à la populace. Le vivre-ensemble est la solution ».

« Des effets de manche pour les élus »

Philippe Ruggieri déplore tout d’abord les remèdes choisis par les élus pour tenter de résoudre la crise du logement au Pays basque : « Bloquer les loyers ne sert à rien, car à chaque fois 10 à 15% des propriétaires décident de ne plus mettre leur bien sur le marché. De même, l’augmentation de la taxe de 60 % sur les résidences secondaires ne sert qu’à amuser la galerie. Toutes ces solutions permettent aux élus de faire des effets de manche mais elles sont totalement inefficaces. ».

Le promoteur rappelle que les prix dans l’agglomération toulousaine ne dépassent que rarement les 4500 euros le mètre carré, quand ils atteignent souvent plus de 10 000 euros dans notre région : « Je suis d’accord avec ceux qui râlent et je comprends qu’ils manifestent, à condition qu’on ne profite pas de cette situation pour exacerber des sentiments plus que discutables. » Philippe Ruggieri n’oublie pas que son père, fils d’un grand banquier italien, est parti avec un simple baluchon, car il ne voulait pas vivre au milieu des fascistes. « Je lui voue toujours une admiration sans borne pour son courage et je trouve intolérable que sous prétexte de pénurie de logement, on exige d’être Basque ou d’être Corse pour avoir le droit de s’installer au Pays basque ou en Corse ».

« Il faut favoriser les résidences principales »

 Poursuivant sa démonstration, le promoteur se fait plus précis sur les solutions à apporter. « Quand un bien est rare, il faut produire un peu plus et surtout construire des logements qui répondent à la demande actuelle en favorisant les résidences principales. Il est intolérable que des gens qui sont nés au Pays basque ne puissent pas se loger. Si j’étais à la place de Jean-René Etchegaray, qui se trouve à la tête de la plus grande communauté d’agglomérations de France , je créerais une société foncière en accord avec les maires pour acheter systématiquement les terrains peu cultivés ou peu cultivables. L’opération n’est pas très difficile à réaliser actuellement car les collectivités peuvent emprunter à des taux compris entre 0,6 et 0,8%. Les municipalités de la Côte doivent s’intéresser à tous les terrains disponibles et en mixant logements sociaux et accession à la propriété avec BRS (Dans le Bail Réel Solidaire, la ville reste propriétaire du terrain, l’acquéreur achète simplement les murs de son logement),  je vous promets qu’en sept ou huit ans le problème n’existe plus ».

« On peut arriver à 2500 euros du mètre carré »

Philippe Ruggieri s’amuse de l’étonnement qu’il suscite : « Mais ne me regardez pas comme cela ! Avec le BRS, on peut permettre à des gens d’accéder à la propriété en achetant à 2500 euros du mètre carré. C’est parfaitement faisable. Le BRS règle tout quand on a un déficit de logements. Je l’ai fait en 2005 à Lège Cap-Ferret où la situation immobilière était au moins aussi difficile qu’ici ».  Et quand on allègue que le BRS peut poser un problème « psychologique » à des gens souhaitant acquérir, le promoteur estime que les avantages dépassent de très loin les inconvénients : « Avec le BRS, les gens du cru ne pourront pas transformer leur logement en résidence secondaire ou le louer quand ils sont absents. De même, sauf clauses spéciales, ils ne pourront pas le transmettre à leurs enfants à leur mort. En revanche le prix des murs qu’ils ont acheté sera indexé sur le coût de la vie et ils peuvent donc espérer une plus-value raisonnable et un capital à transmettre à leur descendance. Et tout cela en achetant au quart du prix du marché » Avant de conclure : « Bien sûr que les villes sont en capacité financière de mener à bien de tels programmes et qu’elles pourraient devenir très riches en faisant ce choix! »

« L’incompétence des politiques »

Philippe Ruggieri lève les bras au ciel : « Le problème n’est pas technique actuellement, il est politique. Il y a quelques mois, j’ai parlé à un maire d’une grande ville de la Côte basque du Bail Réel Solidaire (BRS). Il ne connaissait pas du tout et s’est montré intéressé. Mais lorsqu’il s’est tourné vers son directeur Général des Services, celui-ci lui a répondu que cela n’existait pas et était impossible à réaliser… Alors que la loi date de 2014 ! » Trop lié encore maintenant avec l’Aviron, Philippe Ruggieri refuse d’évoquer les 9 hectares appartenant à la Ville de Biarritz à Aguilera, mais n’hésite pas à évoquer la gestion pour le moins chaotique de l’ancien maire: « Si Veunac n’avait pas été aussi naïf ou aussi manipulable, on aurait vendu L’Hôtel du Palais et avec l’argent récolté, on aurait réglé le problème du logement, en créant des logements sociaux et de l’accession à bas prix à la propriété ».

Un Hôtel du Palais pourtant cher à Philippe mais qu’il sacrifierait bien volontiers pour que s’apaisent les tensions immobilières au Pays basque. En 1954, lorsque Guy Petit décide de sauver le palace en ruines de l’appétit des promoteurs, il confie la restauration de l’établissement à l’équipe qui avait réalisé l’Hôtel Marhaba au Maroc. Et dans l’équipe venue sur place se trouvait son père. Sur le bureau de Philippe Ruggieri trône aussi une photo de ses parents à Biarritz en 1939, quelques mois avant la guerre et on comprend mieux la passion qui l’anime quand il parle de la Côte basque.

Jean-Yves VIOLLIER

Bail Réel Solidaire, mode d’emploi

Mis en place en 2014, le bail réel solidaire a pour objectif d’aider les foyers aux revenus modestes à accéder à la propriété. Il concerne uniquement les résidences principales. Ce type de dispositif permet aux foyers disposant de revenus modestes de faire l’acquisition d’un bien immobilier. En effet, le bail réel solidaire dissocie la propriété foncière de celle du logement. Le preneur est seulement propriétaire de la construction en elle-même, tandis que l’organisme foncier solidaire (OFS) possède la propriété du terrain.  Ce bail de longue durée (entre 18 et 99 ans) est renouvelable. Lorsque le bien est repris, le BRS repart pour une période égale à celle du bail initial.  

2 commentaires

  1. Merci à Ramdam de ne pas se contenter de déplorer la situation du logement sur la Côte basque, mais d’interroger des gens détenteurs d’un certain nombre de solutions. Je ne connais pas ce Monsieur Ruggieri, mais il semble un homme honnête.
    Bravo à vous!
    Mixel Hiriburu

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