La mansuétude de la Justice face à la délinquance à écharpe tricolore

Le procès à Pau de l’ancien maire d’Oloron pose question : le tarif est-il vraiment le même pour un délinquant classique, un col blanc ou un élu ?

À Oloron-Sainte-Mairie, pardonnez le jeu de mots, on ne pratiquait pas la rapine à la petite semaine en gonflant de-ci de-là une note de frais, mais la délinquance en bande organisée, comme l’a reconnu une ancienne salariée : « J’étais secrétaire en contrat aidé et dans la crainte de perdre mon emploi, je remplissais les ordres de mission : je recevais des tickets et devais trouver des déplacements équivalents en termes de kilomètres. Mais je ne suis pas stupide, j’avais conscience qu’il s’agissait de faux. Moi qui viens d’une famille honnête, ça me rendait malade de faire tout ça. » (« Sud Ouest, 9/11)

L’appétit venant en mangeant, les « tricheries » des premières années de mandat se limitaient souvent à des allers-retours fictifs en voiture Oloron-Bayonne. Mais c’était visiblement trop peu pour l’ogre insatiable qu’était devenu Hervé Lucbéreilh qui a commencé, avec la complicité de l’équipe municipale, à faire preuve d’une créativité exceptionnelle avec l’argent des contribuables. Repas pris à la même heure dans des restaurants distants de plusieurs centaines de kilomètres, aller et retour en voiture à Paris alors qu’un billet d’avion pour la même destination était lui aussi facturé, on en passe et des bien médiocres.

Des excès qui entraîneront suite aux révélations du blogueur Joël Adam, un article du Canard enchaîné puis une mise en examen de l’ancien maire.  Toute personne normale confrontée à de tels actes aurait rasé les murs du tribunal, mais c’est mal connaître Hervé Lucbéreilh qui pour sa défense expliquera dès le premier jour qu’il s’est placé « dans la continuité de ce qui s’est toujours fait à la mairie ». Et quand la procureure de la République, Cécile Gensac s’étonnera : « Et lors de votre premier mandat à la mairie, comment faisiez-vous pour ces frais ? » Lucbéreilh à l’aplomb inouï répondra : « Mais exactement pareil ! »

L’avocat de Lucbéreilh peut avoir le sourire

100 000 euros auraient été ainsi détournés mais, selon la procureure, la complexité du système de facturation mis en place était telle qu’il faut « faire le deuil de chiffrer l’ensemble des détournements ». Face à un comportement aussi scandaleux, on pouvait s’attendre à un réquisitoire très sévère après deux jours de procès où l’élu, pris la main dans le sac, n’avait strictement rien à avancer pour sa défense : au final, nous saurons le 16 décembre si les juges ont suivi les réquisitions du ministère public demandant un an de prison avec sursis, cinq ans d’inéligibilité avec interdiction d’exercer une mission de service public, ainsi que 2 000 euros d’amende.

Hervé Lucbéreilh n’ayant plus la moindre chance d’être réélu un jour, voilà un réquisitoire indulgent qui doit donner le sourire à son avocat maître Thierry Sagardoytho,  que l’on a connu il y a quelques années avocat d’un membre de RamDam 64-40, face à un maire qui s’était montré très désinvolte avec la loi.

Les temps changent, mais on ne nous ôtera pas de l’idée à RamDam 64-40 que si un délinquant « ordinaire » avait détourné la même somme, la sanction aurait sans doute été beaucoup plus lourde. Un élu devrait être plus exemplaire qu’un citoyen ordinaire et à ce titre plus lourdement puni. On est très loin du compte.

Jean-Yves VIOLLIER

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