Services publics ou sévices publics ?

En 2019, deux maisons d’Urrugne ont été détruites par un incendie. La borne à incendie n’avait pas d’eau ! Trente mois plus tard,  après un voyage ubuesque au sein de l’administration locale, la situation demeure inchangée. Tous bornés décidément !

Au départ, un voisin imprudent et un simple feu de broussailles qui va mal tourner. En février 2019, deux maisons, rue Aldapa à Urrugne, sont léchées par les flammes, mais personne n’est inquiet. C’est à l’arrivée des pompiers que tout se complique. Les riverains, ahuris, voient les pompiers tourner et virer pendant 2h30 et finalement laisser les maisons brûler car la pompe à incendie située à proximité n’a pas d’eau ! Comment deux ans et demi après, est-il possible qu’aucun responsable ou élu n’ait levé le petit doigt pour corriger ce dysfonctionnement et aucune mesure n’ait été prise pour assurer la sécurité des résidents ?

Comment les élus et les services publics fautifs ont tout fait pour étouffer non les flammes, mais les questions des citoyens ?

C’est ce scénario irresponsable que RamDam 64-40 va vous narrer (Et ça ne fait pas marrer !)

I.- « C’est pas moi, c’est l’autre ! »

Inquiets qu’un simple feu de buisson ait pu ainsi dégénérer et durer 2 h 30 jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à brûler, peu rassurés par le rapport des pompiers qu’un riverain débrouillard a pu se procurer, les voisins-résidents forment spontanément un collectif. En effet, dans leur rapport, les pompiers eux-mêmes relèvent cinq défaillances successives.

Les citations qui suivent sont extraites du compte rendu du SDIS64 (Service d’incendie et de Secours du département) de Monsieur Boivinet CDG (commandant) Hendaye

17 h 15 les pompiers d’Hendaye sont sur place , déploiement des tuyaux, branchement à la borne, mais… « problème d’alimentation d’eau » « FPT SJL insuffisant » [Fourgon pompe avec tonne d’eau de Saint Jean de Luz]. « Je demande un porteur d’eau » .

Première défaillance

17 h 37 ( 22 minutes après) « propagation à la toiture de l’habitation ». Manifestement, rien n’a été efficace pendant ces 22 minutes !

Affolement et désarroi chez les pompiers qui à 17 h 39 tentent d’appeler les pompiers de Saint-Pée.  « Cellule injoignable ».

Deuxième défaillance

17 h 58 (43 minutes après) « Propagation du feu aux deux habitations » « Problème d’alimentation en eau » « Services municipaux contacteront le gestionnaire de réseau d’eau (Société AGUR) pour renforcer le deci » (le débit ?)

Troisième défaillance

« Sommes toujours en attente police » le périmètre non circonscrit, des civils ont pu rentrer dans la maison en flamme (d’abord pour ouvrir le garage avec son toit en feu aux pompiers, puis pour sauver le chat quand l’incendie s’est propagé à la première maison)

Quatrième défaillance

18 h 10 (55 minutes après) « mise en relation avec la société AGUR qui, à priori, ne peut pas modifier la pression d’eau ».

Cinquième défaillance

18 h 27 alors que tout est quasiment brûlé « débit inférieur à 15 m3/h ». 19 h 46, (2 h 31 après) Agur renforce le réseau, mais c’est trop tard, tout est brûlé depuis longtemps !

Le maire s’enflamme, mais ce n’est qu’un feu de paille

Alors que, face à ces défaillances successives, se pose la question du remboursement par les assurances, commence alors une saga surréaliste où les élus et les services publics concernés n’en sortent pas grandis. Mairie, Agglo, services incendie, pôles territoriaux et élus se renvoient la balle ou observent vis-à-vis du collectif, un silence lourd comme un camion de pompier.

Comme le maire (à l’époque Madame Odile de Coral) est « responsable de la sécurité dans sa commune » le collectif se tourne vers elle pour demander d’organiser une réunion avec le Service anti-incendie local pour les rassurer en contrôlant la borne en question. (6 mars 2019). Réponse positive de la mairie « j’entre en contact avec les pompiers et je reviendrai vers vous pour répondre aux questions formulées » (15 mars 2019) Puis plus rien !

Trois semaines après, la mairie, toujours pas « revenue », les riverains n’en reviennent pas non plus, et relancent. Réponse goménolée de la mairie : « Je vous confirme que la sécurité des habitants de la commune est bien évidement une préoccupation première de mes services. » C’est gentil. Ceci étant dit, « Nous ne pouvons engager aucune démarche de rencontre avec les riverains considérant l’assignation en référé engagée par une des victimes de l’incendie » (19/04/2019) 

Est-ce à dire que tant qu’une instruction est en cours cette borne sera laissée en l’état ? sans autre contrôle ? Pas d’autre mesure à proposer que croiser les doigts ? Bref, si l’affaire est classée pour la mairie, ce désintérêt est très mal perçu par le collectif des riverains.

Conscient qu’il n’y a rien à espérer du côté de la mairie, le collectif se pose alors la seule question qui importe: qui peut nous assurer que les dysfonctionnements observés ont été pris en compte et que, si un incendie venait à se déclarer dans la même rue, des mesures compensatoires ont été prises. (Par exemple puiser dans les piscines avoisinantes) ? Dans la même logique, le collectif va alors s’intéresser à l’organisation du service incendie.

Pompier mais pas bon œil

Auparavant, l’organisation de la lutte incendie était moyenâgeuse. Outre les interventions urgentes, les pompiers assuraient tout un travail en amont, principalement contrôler périodiquement que les bornes fournissaient un débit/pression suffisant (dit la « tournée des bouches »). Les résultats étaient consignés à la caserne et ainsi, les pompiers savaient en temps réel quel équipement conviendrait dans tel ou tel lieu.

Ça, c’était trop simple. Pourquoi ne pas regrouper le moyens, hommes, centraux d’appel, etc. pour plus d’efficacité et d’économie ? Pas bête ! Ainsi fut créé le SDIS « le Service Départemental d’Incendie et de Secours »

Pour lutter contre l’incendie, il faut d’abord de l’eau. Nous verrons que cette évidence n’apparait pas si urgente à tout le monde. Si les canalisations d’eau appartiennent à la CAPB (Communauté d’agglomérations Pays Basque), par contre les bornes sont de la responsabilité de la commune. Ça commence à ne pas être simple. La CAPB sous-traite à la société AGUR le marché de la distribution de l’eau. Ce qui fait déjà trois entités pour un même tuyau. Et ce n’est pas fini.

Les pompiers font toujours la « tournée des bouches », mais gros bémol, seulement pour constater si les bornes sont en bon état, capots en place, bien peintes et repérées, accessibles, un point c’est tout ! Ils n’ont pas le droit d’ouvrir les vannes pour contrôler la pression. Ubu vit décidément au Pays basque !

Alors, qui exécute les tests du réseau d’incendie ? Un autre sous-traitant de la mairie « Sud Hydrant » société varoise (Il n’y avait pas plus près). Cette société est-elle accompagnée par un pompier ou un représentant de la ville pour garantir les tests ? Non ! C’est gênant. Un rapport et une facture acquittée par un privé donnent-ils quitus à la mairie d’avoir assuré sa responsabilité ? Pas sûr.

À défaut d’eau courante, une « main courante »

Balayé par la mairie, le collectif s’adresse alors directement au président du SDIS64 à Pau: « Pourriez-vous nous communiquer le résultat de la « tournée des bouches » d’incendie » (19 mai 2019).

Malgré deux lettres dont une en recommandé avec accusé de réception, et deux rappels téléphoniques, aucune réponse ne leur sera faite par ce service public « responsable » de la lutte anti-incendie et de secours, rappelons-le.

Parallèlement, le 18 juillet 2019, l’expert mandaté par le tribunal de Bordeaux réunit les parties concernées: les deux victimes de l’incendie, la ville d’Urrugne, le SDIS et la CAPB. Cette réunion confirme qu’un incendie viendrait à se déclarer rue Aldapa, le SDIS serait incapable de le contrôler.

Dès la sortie de cette réunion, seules les victimes alertent immédiatement le collectif de ce risque, tandis qu’aucun service public concernés, que ce soit la mairie, la CAPB ou la SDIS n’entreprennent la moindre démarche. De vrais « responsables » !

Devant une telle démobilisation des services publics, le collectif dépose le 2 Août 2019 une main courante rappelant les efforts entrepris vainement par les administrés concernés.

Cette main courante envoyée à Madame la maire d’Urrugne ne lui fera ni chaud (c’est le cas de le dire) ni froid puisque deux ans après la situation est exactement la même.

Michel GELLATO

Demain, la suite de la saga : Croiser les doigts ou croiser le fer ?

Un commentaire

  1. Quelle histoire ! Ma maison surplombe celles qui ont brûlé. Depuis je gâche régulièrement la soirée de ceux qui viennent faire un barbecue dans mon jardin : mise en place d’un tuyau d’arrosage, apparitions toutes les deux minutes pour voir si tout va bien, et extinction subite du barbecue dès que le vent fait mine de souffler…

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