II.- Croiser les doigts ou croiser le fer ?

Dans cette suite de « Services publics ou sévices publics? », vous découvrirez comment une administration peut rendre fou le plus calme des administrés.

Quand on est confronté au mutisme, à la viscosité et au mépris soit on renonce, soit on s’enflamme. L’affaire devenant de plus en plus (et malheureusement) significative de l’impuissance d’un citoyen devant les services qu’il paie, tant que le fer était chaud, le collectif de la rue Aldapa s’adresse le 15 août 2019 à Monsieur Mirande, l’élu président du Conseil d’Administration du SDIS 64.

Le SDIS ayant reconnu ses carences, la question posée était : « quelles mesures compensatoires vos services ont-ils pris pour pallier cette défaillance ? » Cet élu ne va pas briller plus que les autres. Larmoyant dans sa réponse datée du 3 septembre, assurant au collectif l’« inquiétude que je comprends », il écrit ensuite avec un certain toupet « mais je ne peux à ce jour me prononcer ».Se prononcer sur quoi ? sur les mesures compensatoires ou leur absence  ? Relancé par un second courrier, il ne leur répondra plus.

Profitant du changement de l’équipe municipale à Urrugne,  le collectif entre en contact, en septembre 2020 avec un élu, Monsieur Régérat, lui rappelant que « conformément à ses obligations, les hydrants de la commune sont contrôlés tous les ans, et les caractéristiques des poteaux, en débit et pression, sont diffusés annuellement aux services de secours ». Ces contrôles que la mairie avait été incapable de nous communiquer, devaient bien se trouver quelque part.

Monsieur Régérat s’attèle au boulot et trouve enfin un test daté du 25/11/2019 soit huit mois après l’incendie, avec la mention » « débit insuffisant » ! Ouf !  Un an et sept mois après l’incendie, il était temps que la mairie le découvre.

Allo ! Allo ! le courrier est perdu dans les tuyaux.

Si on en croit la mairie, le SDIS possède le test mentionnant « débit insuffisant » mais n’a pris aucune mesure compensatoire ; sinon, le SDIS, pas plus chanceux que le collectif, n’a pas eu communication des tests, mais contrairement aux riverains, ne s’inquiète pas. À part ça, tout va bien.

Un citoyen confiant, à ce stade de l’histoire, ne douterait pas que le propriétaire responsable des canalisations, la CAPB, ait diligenté une action correctrice. La confiance n’excluant pas le contrôle, « Le Panier à Salades 64 » , journal satirique local,  s’adresse, au nom du collectif,  à la personne en charge du réseau d’eau au Pôle Sud Pays basque (antenne locale de la CAPB) , Madame L. (4 janvier 2021)

Sa question est simple et parait légitime : « Maintenant qu’il est clair et reconnu par toutes les parties que le réseau d’eau rue Aldapa à Urrugne ne convient pas pour une lutte incendie efficace, quelles améliorations sont prévues et quel en est leur calendrier ? »

Un mois après, et malgré une relance par téléphone, toujours pas de réponse. Bizarre pour un pôle sensé être « un point d’accueil et d’information pour les usagers » « dans une logique de proximité et de réactivité des services ». Aussi, le 6 février 2021 « le Panier à Salades 64 » renouvelle son courrier : pas plus de « réactivité des services ».

Y’a pas le feu !

Fort marris, mais non refroidis, le 3 mars 2021 le collectif s’adresse alors à Monsieur le président de la CAPB, Jean René Etchegaray pour lui demander si on a bien expliqué aux employés du pôle sud Pays Basque en général et à Madame L. en particulier ce que signifiait « une réactivité des services »  Aucune réponse.

« le Panier à Salades 64 » s’adresse alors à l’attachée de presse de la Communauté d’agglomérations pour s’assurer que le président Jean René Etchegaray a bien reçu le courrier du collectif.

Il l’a reçu, mais manifestement ne brûle pas pour lui répondre : « Je ne peux que vous vous inviter à vous rapprocher du maire d’Urrugne auquel j’adresse une copie du présent courrier » ( premier avril 2021),

Gloria alléluia, deux ans et demi après l’incendie (que l’on ne sait toujours pas maîtriser), la boucle est bouclée, retour à la case départ : le maire d’Urrugne !

Sans surprise, la copie de la lettre de Jean René Etchegaray ne provoque aucune réaction à la mairie d’Urrugne.  Quant aux résidents de la rue Aldapa, ils ont intérêt à se débrouiller tout seuls pour prévenir tout incendie et apprendre à l’éteindre eux-mêmes .

Et pendant ce temps, dans les services publics, tous au courant, tous responsables à quelque degré que ce soit, on s’en fout, ce sera toujours la faute de l’autre.

Quel est le sens de cette fragmentation des services publics ? quelle est la justification de la sous-traitance alors que les impôts augmentent ? Morceler un service public, le diviser entre public et privé, le dispatcher entre mairie, Agglo, département, c’est perdre la vue d’ensemble de son organisation. Et si l’on perd cette vue d’ensemble, nul n’assume plus la responsabilité d’ensemble. Quoiqu’il se passe, il y aura toujours un rouage qui ne fonctionnera pas car il dépend d’un autre rouage qui lui-même dépend d’un troisième. Toute cohésion de service disparaît. Et pour les soi-disant responsables, la défaillance du service sera toujours la faute d’un autre.

L’histoire de l’incendie de la rue Aldapa, c’est l’histoire d’un monstre qui se mord la queue. Dans ces conditions comment s’étonner que les citoyens n’aillent plus voter quand l’élu le plus proche ou le simple administratif, par son arrogance, son autisme et son manque d’empathie, le conforte dans le sentiment qu’il n’existe pas?

Michel GELLATO

5 commentaires

    1. Cher Monsieur kleinschmidt ,
      Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Même s’il est compréhensible que supporter après chaque scrutin ceux qui récitaient les discours mielleux lors de leur campagne électorale et qui aujourd’hui vous ignorent ne peut pas être très motivant, on ne peut encourager l’abstention.
      Notre mode de vie n’est pas un acquis naturel comme l’air que nous respirons. Ces avancées furent obtenues dans un passé pas si lointain, par la lutte contre des intérêts divergents et toujours présents.
      La pandémie a exposé la criante dégradation de notre système de santé, sauf si vos moyens et vos relations vous permettent de frapper à la bonne porte.
      Le projet de retraite à points, sorte d’ « assurance », protège moins que celle de sa propre voiture, puisqu’elle n’apporte aucune garantie de la prestation future .
      L’éducation nationale, aujourd’hui, faute d’argent, « recrute des profs incapables de résoudre les exercices qu’ils donnent à leur élèves » Mais rassurez-vous, les classes dirigeantes et les politiques en trouveront des qualifiés pour leur progéniture. La France restera bien gérée, …. par les mêmes .
      La police qui nous protégeait, aujourd’hui nous échappe … pour s’occuper des gilets jaunes et autres jamais contents, présageant ainsi que la liberté de penser, de s’exprimer, de ne pas être d’accord ne sont pas des conquêtes définitives
      Tous nos acquis sont grignotables, tout est réversible, tout peut disparaitre petit à petit si nous, citoyens, à défaut de pouvoir exprimer nos exigences, pour le moins ne montrons pas notre existence.
      L’abstention, c’est renoncer, c’est lâcher les rênes des politiques ; c’est leur dire : « faites ce que vous voulez », Et c’est exactement ce que veulent ceux qui nous ignorent. C’est très dangereux. Même si le vote blanc n’est pas (encore) reconnu, allez voter, montrez que vous êtes là, prêts, vigilants, éveillés, prêts à demander des comptes.
      Cordialement
      MG

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      1. Bonjour,

        Merci pour votre message, auquel j’adhère totalement sur le fond. Il se trouve cependant que lors de la convention citoyenne et autres réunions organisées à cette époque post gilet jaunes, de nombreux français ont exprimé leur souhait de révision de la loi électorale et tout particulièrement du vote blanc. Presqu’un an plus tard il n’en est toujours pas question, et nous avons élu des maires et récemment des conseillers départementaux et régionaux avec des suffrages bien inférieurs à un tiers du corps électoral. Peut on encore parler de légitimité lorsqu’on est aussi mal élu (d’ailleurs MR MACRON n’est pas bien placé non plus). Votre position est certes fondée et doit nous interroger, mais elle me rappelle trop le fameux vote utile afin de faire front à Le Pen. Je constate d’ailleurs que de très nombreux français partagent (et de plus en plus) la solution du « non vote ».

        Avec mes salutations citoyennes,

        Jean Kleinschmidt

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      2. Cher Monsieur Jean Kleinschmidt
        Je me suis certainement mal exprimé car je ne parle en aucun cas du « vote utile », mais d’un vote comme moyen de se montrer, de montrer son mécontentement et de montrer que le citoyen reste vigilant.
        Personnellement, je pense que, lors de la dernière élection, s’il y avait eu, au-delà, des 30 % d’exprimés, 50 % de blancs, (même seulement 20 %) des questions se seraient posées, (surtout pour les candidats recalés qui se jetteraient sur l’occasion pour dénoncer l’illégitimité du résultat avec une telle ridicule participation. C’est peut-être ainsi qu’un jour le vote blanc sera reconnu)
        Et l’on peut espérer qu’au-delà de voter blanc, ces 50 % se manifestent au travers de collectifs ou d’associations citoyennes, au hasard RamDam64-40.
        Cordialement.
        MG

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