Pavillon bleu ou vaste blague ?

Comment croire à l’objectivité du « Label Pavillon bleu » quand on sait que les villes versent plusieurs milliers d’euros de « frais de dossier » à l’association chargée de les décerner .

Ce 21 mai 2021, les élus du littoral basque ont annoncé que 14 plages réparties sur quatre communes pourraient arborer le « Pavillon bleu », label international qui consacre la bonne qualité des eaux de baignade. Comme le rappelle si bien le journal Sud-Ouest du 21/05/2021. : « Pour prétendre à ce label international, symbole de la propreté des eaux de baignade, encore fallait-il se porter candidat. Hendaye, Bidart, Biarritz et Anglet l’ont fait ».Les dernières inondations qui se sont abattues sur la région cet hiver, ont-elles mélangé les eaux bénites de Lourdes à celles du Gave de Pau. Cette eau consacrée s’est-elle ensuite déversée dans l’Adour ?   C’est la question que nous nous posons pour expliquer qu’en quelques mois les eaux souillées du littoral se soient converties en eau propre et saine.

Le 16 juillet 2018 sous le viaduc de la Négresse.
 Avec un peu de chance l’eau s’est évaporée et n’a pas dû finir dans l’Océan.

Est-ce que la Communauté de Commune ainsi que sa 5e vice-présidente Maïder Arostéguy en charge de l’économie bleue et assainissement et eaux pluviales ont usé et abusé de cet enchantement pendant ces dix derniers mois ? Croyez-les sur parole, puisque certifiée par ce label, pas une seule souillure de L’Adour, ne vient polluer nos rivages. Surfeurs, baigneurs, pécheurs plongez, nagez, surfez sans crainte, l’eau est d’une excellente qualité puisque estampillée « Label Pavillon Bleu ».

Payer pour être classé

Ah, l’Adour qui traverse 119 communes, ses 71 affluents, 57 ruisseaux, 14 rivières qui s’y déversent tout au long de ses 308,8 km… Ah, l’Adour et sa belle couleur marron, ses effluves d’hydrocarbures, d’huile de vidange, de micro plastique, d’excréments et autres pesticides qu’il dégueule lors de nos belles journées d’orage ou à forte pluviométrie. « Vade retro sordida aqua ! » par la force de mon label Pavillon Bleu je te chasse.          

À Ramdam nous avons un peu de mal à croire aux manifestations divines et comme la curiosité est une double nature chez nous, nous sommes donc allés chercher les informations concernant les conditions d’éligibilité et d’attribution du fameux label.  Pour rappel : il faut tout d’abord savoir que la demande d’estampillage a un coût, qui dans ce cas précis s’élève pour les quatre communes basques à 9700 euros* à verser auprès de l’association Teragir (anciennement l’office français de la fondation pour l’éducation à l’environnement en Europe), pour présenter le dossier. (*1970 euros par commune et 130 euros par plage présentée au jury pour labellisation).  C’est un peu comme si le Guide Michelin demandait au restaurateur un forfait pour passer à table et un défraiement par plat ingurgité.

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La Grande Plage de Biarritz et ses journées Open Emissaires.

Des curieux critères de labellisation

Une des obligations consiste à réaliser sur une période de 31 jours 5 analyses où la qualité de l’eau doit être excellente. Ce qui pose question: à quel moment et dans quelles conditions ces analyses sont réalisées et surtout par qui? Effectivement les plages concernées semblent être dans les clous en ce qui concerne la directive du profil de baignade. Cependant il y a un point noir qui nous interpelle à savoir l’absence d’influence de rejet à proximité des zones de baignade. N’y aurait-il pas là quelques problèmes récurrents. Pour rappel combien de fermeture de plage durant ces dernières années ? Combien de fois la mairie a-t-elle dû ouvrir les « émissaires » pour délester le réseau des eaux pluviales qui se déversent sur la grande plage ?  Ils sont au courant de ces problèmes les membres du jury ? Quant au dernier point pour obtenir la qualification, à savoir le contrôle et suivi des coraux ou herbiers marins, nos éminents spécialistes et examinateurs devraient s’informer sur la qualité des eaux sur le littoral basque et ses bienfaits auprès de l’association BCO de Biarritz. Pas sûr qu’elle ait la même vision idyllique des fonds marin que nos élus. La Communauté d’agglomération Pays basque (CAPB) compte en tout cas étendre au fil des années le nombre de plages éligibles. Pourquoi se gêner, mais certains esprits mal intentionnés pourraient éventuellement se demander si tout simplement il n’y a pas là juste une belle une opération marketing qui sent bon la publicité un peu mensongère sur la qualité du produit.

A part cela, tout va bien madame la Marquise

L’objectif de bon état des masses d’eau toujours pas atteint

C’est là où le bât blesse. L’Assemblée-Nationale a évalué la politique européenne de l’eau en décembre 2019 et voici une partie de ses conclusions. Pour nos députés, les eaux européennes restent dans un état préoccupant. En France, seulement 44 % des masses d’eau de surface et 67 % des eaux souterraines sont en bon état. « Les principales menaces sur l’état des eaux sont les pollutions issues du secteur agricole, l’altération hydromorphologique qui entrave notamment la continuité écologique (barrages, digues, etc.), et le traitement inadéquat des eaux provenant des activités domestiques. La France se caractérise notamment par un nombre important de systèmes d’assainissement individuel non conformes à la réglementation européenne » *.

Nos quatre communes candidates devraient s’empresser d’informer nos députés sur la méthode utilisée afin qu’elle bénéficie à l’ensemble du territoire, elles ont vraisemblablement trouvé une solution pérenne pour entrer dans les 44% des masses d’eau de surface dites en bon état ! A moins que ce label ne soit en définitif que de la poudre d’écume d’eau de mer aux yeux.

Éric MÉNARD

* Rapport d’information déposé par la commission des affaires européennes sur la politique européenne de l’eau (M. Jean-Claude Leclabart et M. Didier Quentin) (assemblee-nationale.fr)

Un commentaire

  1. Et comme d’habitude, comme dans tous les PADD, PLU et autres plans pour le futur, l’Agglo et les autres organisations chargées de notre environnement, nous annoncerons qu’il vont lancer une étude. Et ils n’investiront presque rien, tout en nous expliquant sans la moindre gène, que l’avenir du développement économique du Pays Basque, c’est le tourisme. Foutaise !

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