Le tiroir aux alouettes

 « La passerelle des lamentations » ne se contente pas de faire couler beaucoup d’encre. Elle représente aussi un sacré paquet de fric.

C’est bien connu : pour un million d’euros, tu n’as plus rien. À Hendaye, pour justifier ce coût, soit 7407 euros le mètre linéaire pour construire 135 mètres de passerelle on a mis le paquet. Ce projet est décrit avec une telle foule de superlatifs et tant d’extravagances linguistiques qu’il en devient suspect. Or, un million d’Euros représente ce que gagne un Smicard en 40 ans de travail, cotisations sociales comprises. Pour un élu, voilà qui force le respect.

Monsieur le maire nous confie : il fallait que je l’apaise

Voici quelques extraits choisis de la communication municipale. Cette passerelle « indispensable » « permettra d’offrir aux usagers un espace de promenade et de contemplation dans un environnement agréable et apaisé ». Ah, si ça doit apaiser, par ce temps de stress du au Covid, c’est effectivement indispensable ; « L’intérêt majeur de cette opération [ est un ] projet aux nouvelles modalités de transport ». Cette nouvelle modalité de transport, en français de tous les jours, c’est le vélo. Et ça urge :

Extrait du Conseil municipal du 24 septembre 2020 : « N° 101.2020 –   Mobilités douces – Résorption d’un point noir de l’itinéraire européen Vélodyssée – Création d’une passerelle entre Caneta et Pierre Loti …. sur rapports de Madame Chantal Kehrig Cottençon : « les usagers (environ 180 000 passages par an à vélo) se plaignent régulièrement de l’absence de continuité au droit de Caneta » 180 000 vélos par an !!! N’allez pas chercher ce chiffre dans la Guinness des records, il sort du chapeau de Kotte Ecenarro.

À RamDam, toujours impartiaux, nous avons calculé à quoi correspond un tel ébouriffant trafic. Sur le site de la mairie (1) on apprend que la moyenne d’ensoleillement à Hendaye est de 157 heures par mois, soit 1884 h/an. En admettant que les vélocipédistes soient à l’affût du moindre rayon de soleil et enfourchent aussitôt leur selle, été comme hiver, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, ce sont une centaine de vélo/heure qui passent par la rue des pêcheurs !

Pire, les riverains affirment que ce sont les mois de Juillet et Août qui concentrent le max de passage. On n’ose penser à la cohue vélocipédique qui se presse, se croise, se double et peut-être s’engueule… Comment comprendre que les riverains de cette rue plus qu’encombrée s’opposent à ce projet de passerelle alors qu’ils subissent un tel tohu-bohu sous leurs fenêtres ? Oui, Monsieur le maire, vite, il nous faut cette passerelle apaisée.

Un contexte urbain de mer

Mais ces empêcheurs de bétonner en rond, insensibles à la beauté hendayaise, ont-ils lu la « notice Architecturale » jointe au dossier  et intitulée en toute simplicité « Intégration dans un contexte urbain et architectural remarquable« .

La richesse et la diversité architecturale ainsi que l’hétérogénéité volumétrique du front bâti nous ont conduit à imaginer et créer un ouvrage dont la lecture architecturale et l’implantation ne généreraient pas ou peu de tensions à l’existant, mais, instaureraient un dialogue équilibré et maîtrisé. » 

Tout est clairement dit, non ?

Bien sûr, si les riverains contestataires ne veulent pas « instaurer un dialogue équilibré et maitrisé », pour corriger « l’hétérogénéité volumétrique », ce n’est plus la peine de continuer avec eux « la lecture globale de l’ouvrage, sans rythme ni morcellement », pas vrai ? Sans parler de « La liaison vers la place GAZTELU ZAHAR à la composition chahutée » d’où peut-être l’apaisement indispensable contre ce chahut.

(Rappel pour nos lecteurs qui, trop apaisés, somnoleraient devant ce verbiage : le truc décrit ci-dessus en style ampoulé, redondant pour ne pas dire superfétatoire, n’a rien à voir avec un monument type phare d’Alexandrie qui sortirait des flots ; ce n’est qu’une passerelle)

À Hendaye, la transparence n’est pas un vain mot : rien ne se voit

Après ce moment de grande culture architecturale, passons au concret ! Dans sa lettre au maire, « RAMDAM s’étonne que le registre mis à la disposition des Hendayais soit resté vierge (« zéro observation, zéro personne, zéro lettre ou note écrite), puisque, outre les riverains concernés, au moins trois associations se sont manifestées auprès de vos services. »

En effet, questionnés, les riverains assurent que, bien qu’aux aguets, ils n’ont observé aucun affichage municipal et étaient ignorants de la mise à disposition d’un registre où ils auraient pu noter leurs remarques et produire leurs documents. Heureusement, RamDam était là pour rétablir la vérité !  Oui ! Monsieur le maire s’est bien plié a ses obligations légales et l’affichage a existé !

Madame Pouchoulou (celle qui ne compte pas) avait bien demandé à la mairie, compte tenu de la discrétion de violette de la publicité faite sur ce projet, qu’une autre consultation soit lancée. Et puis quoi encore ?

Monsieur le maire lui a promptement répondu :

« … vous contestait (sic) la procédure de cette concertation tant au niveau de sa publicité que de son déroulement. Il s’avère que nous avons scrupuleusement appliqué la réglementation .. il est impossible de rouvrir une consultation complémentaire et de répondre favorablement à votre demande de ré-affichage. »

Et tac !

D’ailleurs la preuve irréfutable de l’existence de cet affichage est le certificat qu’a délivré Monsieur Kotte Ecenarro, maire d’Hendaye à Monsieur  Ecenarro Kotte, afficheur, le 31 janvier 2020 .

Circulez, c’est tout vu !

Quant à l’existence du registre où les citoyens pouvaient déposer leurs avis, RamDam a fait choux blancs, mais vraiment blancs, autant que les pages dudit registre :

Sans en être autrement surpris, le maire conclut : « Je soussigné Kotte ECENARRO, Maire d’Hendaye, déclare clos le présent registre qui a été mis à la disposition du public pendant 16 jours du 12/12/2019 au 27/12/19, sauf les dimanches et jours fériés. Les observations ont été consignées au registre par 0 personne(s) (page n°1 à14)-En outre, j’ai reçu 0 lettres ou notes écrites qui sont annexées au présent registre : »

Youpi, roulez jeunesse !

D’où l’interrogation de RamDam dans sa lettre au maire :

«  il est inimaginable que même l’erreur sur le document cadastral, une des pièces de base du projet, qui attribuait à la ville d’Hendaye la parcelle 77, parcelle appartenant en fait à une riveraine, Madame Pouchoulou, n’ait fait déplacer personne. Ni que cette erreur ne soit corrigée que dix mois après la notification par l’intéressée, ni que cette dame âgée découvre que sa terrasse est au même niveau que la passerelle où « les promeneurs passeront au ras de son jardin et feront une jolie halte sur un belvédère prévu à l’angle. La mairie lui a promis une clôture haie pour qu’elle puisse continuer à jouir d’une certaine intimité » (Sud Ouest du 25/01/2021 ) »

Michel GELLATO

Lundi : L’Illiade et la Vélodyssée : un drame grec à Hendaye

  1. https://www.annuaire-mairie.fr/ensoleillement-hendaye.html

6 commentaires

  1. La folie des grandeurs de nos élus Français… On croyait que cela était la propriété de la Gouvernance nationale mais malheureusement dans tout le pays les élus se sentent obligés de faire le même niveau de dettes que l’État. Que des gens soient obligés de travailler dur pour payer toutes les fantaisies de quelques extrémistes n’est pas du problème des élus de la nouvelle société en Marche qui laisse à la société des dettes pour de très longues années juste pour obtenir les quelques votes qui feront la différence. Je crains que l’abstention et les bulletins nuls soient encore plus élevés lors des prochaines élections mais comme ces bulletins ne sont pas reconnus ils n’en ont que faire. En conclusion, la folie des dépenses est un virus Français qui n’a pas encore trouvé de vaccin. Est-ce étonnant dans ce pays qui se retrouve parmi les derniers (avec l’Espagne) de l’Europe en création de richesse ? Les Ex pays de l’Est sont passé devant nous mais c’est la Faute de l’Allemagne et de l’Europe surtout ne nous mettons pas en cause la vie est belle ainsi.

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    1. Vous agrandissez le débat, mais c’est vrai que si chaque élu, chacun à son échelle, respectait l’argent public…… on peut rêver.
      Jongler avec les millions en cette période où chaque euro devrait compter, pour un projet qui non seulement n’a rien d’urgent, mais qui reste dans la logique d’une « économie touristique », économie si aléatoire qu’un simple virus l’a faite s’effondrer, c’est vraiment rester dans le « jour d’avant »
      Cordialement
      Michel

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      1. Comme vous avez certainement dû l’entendre hier soir les Députés ont augmenté leur rente de 2000€ à cause de soi-disant frais supplémentaires dû au covid !!! Ce midi j’ai entendu d’autres villes se plaindre du manque d’argent en-dehors de Marseille et tous avec des projets pharaoniques en projet. OUI on peut généraliser ce débat d’autant que je viens de lire que les opérateurs des autoroutes ont des pertes colossales donc moins de rentrées d’argent pour l’État et les collectivités locales. Je ne suis pas hostile aux progrès ni à des aménagements utiles mais dans la période où nous vivons avec un avenir économique incertain ainsi que les revenus de ceux qui travaillent pour faire de la richesse, il serait URGENT que les politiques de tous poils fassent une petite pause afin de faire le point ce qui ne pourra pas se faire avant les prochaines Présidentielles sachant que d’ici là il peut encore nous tomber quelques catastrophes sur le dos. Mais les dépensiers vont encore nous parler d’égalité, de partage, de mutualiser les dettes et de demander à l’Europe d’effacer les dettes !
        Demain je vais faire un emprunt pour acheter une grosse voiture de luxe et demander à l’Europe d’effacer ma dette pour cause de covid ! voilà ce que fait la politique Nationale et locale Française. Nous en avons un bel exemple dans cet article.

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      2. Bien d’accord avec vous ! l’Europe, c’est magique : ce n’est plus « sésame ouvre-toi », c’est « l’Europe va payer » et tout est permis, la notion de denier public s’envole. On peut continuer à faire des ronds-points, des maisons de ceci de cela, mais pas de hôpitaux ! Parler de ça, ça donnerait le cafard.
        Cordialement
        Michel

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