À Hendaye, plus célèbre que le pont des soupirs, la passerelle des lamentations

Prenez un maire bien connu, Monsieur Kotte Ecenarro, qui veut transformer sa ville, Hendaye, en Deauville du Sud et, dans le cadre du projet européen Vélodyssée, élabore un projet de passerelle dans la baie de Txingudi  ;

Mettez en face un contestataire, Monsieur Axel Brücker, producteur de TV bien connu, lui aussi prompt à monter sur ses grands chevaux, convaincu que ses relations influentes vont facilement lui permettre d’emporter cette bataille.

Réunissez ces deux egos et l’affaire devient un cas d’école.

Nous ne résistons pas au plaisir de vous narrer le feuilleton hendayais de la « passerelle des lamentations ».

La petite dette qui monte, qui monte ……

Se promener le long de la baie de Txingudi est superbe : on découvre du côté espagnol la ville de Fontarabie et du côté Français, Hendaye et trois bâtiment les pieds dans l’eau dont deux bâtiments historiques : la villa mauresque et la maison de Pierre Loti. Un siècle auparavant, des écrivains évoquaient la beauté de ces bâtiments, vus de loin, réservés à ceux qui canotent dans la baie.

Il y a bien un troisième bâtiment, dont la résidente, Madame Pouchoulou voit son intimité fortement impactée par le projet, puisque la passerelle est au niveau de son jardin, mais, ce n’est pas si grave. D’abord sa maison n’est pas classée, et en plus, par une bienheureuse erreur de cadastre, la ville d’Hendaye s’est attribué la propriété de sa parcelle. Il faudra de nombreux coups de fil et deux lettres recommandées avec accusé de réception, pour que, 10 mois après, ce faux document soit corrigé.

Monsieur le maire a-t-il été informé de ces corrections ? Le bulletin municipal qui vient d’être distribué présente un montage qui efface discrètement l’existence de cette maison, comme la portion de passerelle qui la rejoint.

Même dans le bulletin municipal, la maison de Madame Pouchoulou, pourtant la plus impactée, n’est pas mentionnée.

Pour les promeneurs, ces trois maisons coupent la promenade au bord de l’eau. il leur faut divertir leurs pas par une grimpette qui rejoint une jolie ruelle passant devant ces mêmes bâtiments couverts de vigne vierge, (que l’on peut, en outre, visiter lors de journées du patrimoine – pas la vigne, les deux bâtiments classés) Enfin, redescendre sur le rivage soit par des escaliers, soit après un détour par le belvédère de la rue du port.

Pas pratique pour les personnes handicapées ou les poussettes d’enfants.

Aussi, continuer le quai de Caneta par une passerelle pour rejoindre la promenade au nord n’est pas dénué de bon sens.

D’autant que ce quai ne sert qu’à entasser les vielles annexes et plates (pas très jolies il faut le dire) que les plaisanciers utilisent pour accéder à leur bateau.

Les solutions « terrestres » d’améliorer les raidillons n’étant pas retenus, (sans qu’il y ait, à notre connaissance, une estimation comparative des coûts) le maire choisit la promenade au bord de l’eau.

D’où en 2015 le projet « Circuldouce » qui prévoyait de planter une passerelle à 40 m des maisons. Certes, l’enveloppe prévue était de 400 000 € mais l’Europe devait participer un max ! Nous découvrirons bien vite que l’avenir de ce projet « Circuldouce » ne sera pas « Jem’lacouldouce »

Très vite, la mairie se rend compte que planter une passerelle à 40 mètres des bâtiments coûte beaucoup plus cher que prévu et le projet est modifié : la passerelle est rapprochée à 2 mètres des bâtiments.

Il faut reconnaitre que si les bâtiments sont beaux de loin, ils le seront à fortiori le nez au mur. Se rapprocher à 2 mètres pour en admirer les fondations à marée basse est un régal et, en ce qui concerne la propriétaire qui partage la maison non classée, Madame Pouchoulou, avoir une vue imprenable sur son jardin est un régal de plus. Mais, comme nous l’avons vu, (et le verrons en d’autres occasions) elle compte pour du beurre.

Bizarrement, ce projet moins onéreux coûte plus cher ! La douloureuse monte alors à 700 000 € mais pas de soucis, l’Europe va participer, c’est sûr.

Devant ce « rapprochement » des murs, bien sûr, les riverains concernés réagissent. Hurlements de Monsieur Brücker, ce qui ne fait que conforter le maire lequel croise le fer avec délectation : « Ça ne va pas faire plaisir à notre ami Axel Brücker » et, comme on se doute, les propriétaires des maisons patrimoniales ne manquant pas de moyens, Monsieur Brücker prend une très fameuse (et très chère) avocate de Paris et un recours est déposé auprès du tribunal administratif de Pau.

La mairie, tout d’un coup pas si sûre d’elle, rigole un peu moins et se précipite sur le fameux « marteau à taper devant », outil magique quand on veut pendre les autres de court.  Ne pas laisser aux propriétaires le temps de trouver des tarets dans le bois de la passerelle. Malgré l’ardoise actualisée qui dépasse alors le million d’Euros, les grands moyens sont mis : les forages et coffrages des pieux sont accélérés et la pose de la passerelle est prévue de se faire en temps record grâce au concours d’un hélicoptère……

 Que vient faire RamDam dans cette passerelle ?

C’est à la lecture du bulletin municipal de janvier 2021, tout chaud de quelques jours que ce grand guignol a fini de nous faire rire.  

Page 6 : « trois riverains s’opposent à cette réalisation à travers un recours déposé auprès du tribunal administratif de Pau. Cela pourrait remettre malheureusement en cause cet équipement indispensable … »

Le bon sens et surtout le respect de l’argent public serait de suspendre les travaux pour ne pas engager de telles sommes en opérations improvisées et constructions mal pensées qu’il faudra peut-être ensuite détruire si le Tribunal Administratif l’exige.Certes, faire et défaire c’est toujours travailler mais c’est surtout payer. N’y a-t-il pas moyen d’obtenir par la concertation une solution qui emporterait l’accord de tous ?

À RamDam, nous sommes chatouilleux sur le manque de dialogue citoyen. Après nous être penchés sur ce dossier, avoir réuni et étudié certains éléments clefs qui nous paraissaient bien peu clairs, nous avons adressé le 28 janvier un courrier à Monsieur Kotte Ecenarro pour obtenir certains éclaircissements.

Le lendemain, vendredi 29 janvier, les travaux sont brutalement suspendus ! Est-ce l’effet de notre courrier ? Déception ! Nous avons du mettre notre orgueil en bandoulière, nous n’y étions pour rien. La raison est plus terre à terre, ou plutôt vaseuse !

Suite aux vibrations et autres conséquences des travaux, patatras, le jeudi 28 janvier les murs des trois maisons concernées commencent à s’écrouler. Pour corser le « trou », une poche de gaz sous pression provoque une petite explosion qui barbouille de vase les façades que Kotte Ecenarro  voudrait que l’on admire tant.C’est dire le sérieux de l’expertise préliminaire, pour autant qu’elle fut faite. ( par qui ? la mairie ? l’entreprise Etchart en charge de travaux ?) Aussitôt : Branle-bas de combat : constat d’huissier, article dans SO (1), déplacement de Madame l’architecte des bâtiments de France prévu mardi 2 février,…. Voila qui va alimenter notre blog.

Michel GELLATO

                              Sur le même sujet, jeudi prochain  : LE TIROIR AUX ALOUETTES

1 www.sudouest.fr/2021/01/28/hendaye-desagrements-autour-des-travaux-de-la-passerelle-de-caneta-8340660-4171.php

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