ATTENTION GITANS !

Des « gens du voyage » à ras de sa clôture et c’est la rage garantie… Est-ce bien raisonnable ?

Madame Lataillade a bien des malheurs ! Non pas dans le cadre de ses fonctions d’adjointe à la conservatrice d’Arnaga, où respire encore l’esprit de tolérance et tout l’humanisme poétique d’Edmond Rostand, mais dans sa résidence privée de Saint-Pée-sur-Nivelle, au point d’écrire, le samedi 4 juillet, à de nombreux médias pour manifester son « mécontentement » et sa « colère ». Tout ça, c’est la faute du préfet et même du président de la CAPB (qui ont autorisé cette installation très temporaire de 15 jours), qu’elle qualifie tout d’abord de « gens bien-pensants ». Mais ils ne le restent pas longtemps, le préfet et le président, quand dame Lataillade leur reproche de ne pas se soucier de la « sécurité » et des risques de « nuisances »…

Et pour quelle raison ? La voilà : « la présence de gens du voyage à ras de ma clôture ». Mon Dieu, des gens du voyage, mais quelle horreur ! Surtout que dame Lataillade nous en dit un peu plus sur sa philosophie de la vie : « Encore une fois, les honnêtes gens qui travaillent, paient leurs impôts, sont récompensés par l’État par ce genre de décision. » Je ne sais pas vous, mais moi, ce genre de propos bien populistes, cela me rappelle bien quelque chose…

Ainsi, Monsieur le préfet et Monsieur le président de l’Agglo sont désormais priés de ne plus mettre de gens du voyage en bordure de propriété des « gens honnêtes qui travaillent et paient leurs impôts ». Il y a bien assez de gens malhonnêtes, de feignasses qui trichent avec le fisc, chez qui envoyer « les gitans » ! Sûr que le préfet a peut-être même une liste.

Et surtout, ne m’en voulez pas d’employer le mot « gitan », puisque dame Lataillade, après avoir qualifié ses nouveaux voisins de gens du voyage, les désigne par la suite comme des gitans ! Je cite : « Et puis si l’adresse est bonne, ils pourraient la communiquer à d’autres copains gitans. Ainsi les champs seront occupés tout l’été, et l’été prochain. » À quand une rave au ras de sa haie ?

Il faut dire qu’elle s’attend à vivre l’enfer pendant deux semaines au lieu de profiter de sa jolie thébaïde avec piscine bien bleue, dont elle nous envoie d’ailleurs des photos. Je cite toujours : « Je vous passe le bruit des moteurs qui tournent en permanence, le trafic des véhicules sur notre chemin, les klaxons, et a priori les fêtes la nuit », selon ce que lui auraient dit les gendarmes…

Oui, ce sera la fiesta bohémienne, comme chantait Luis Mariano : « C’est la fiesta bohémienne, les Romanis, les Gitans, qu’ils soient d’Espagne ou de Vienne, sur les chemins vont chantant. » Mais en moins romantique pour dame Lataillade, qui nous explique que : « Mon mari ne va plus pouvoir quitter la maison pendant 15 jours pour assurer la sécurité de notre maison. Mes enfants, qui jusqu’à présent étaient libres d’aller prendre le bus, ne pourront plus le faire pour aller rejoindre leurs amis. »

C’est bien connu, les gens du voyage (pardon, les GITANS !) sont quand même tous des voleurs et des kidnappeurs d’enfants qu’ils revendent à l’étranger.

Moi, si j’étais dame Lataillade, je demanderais au 1er RPIMA de Bayonne (qui est financé par les impôts des gens honnêtes qui travaillent, je le rappelle !) de lui fournir des armes lourdes pour se défendre et, pourquoi pas, un hélicoptère pour conduire ses enfants au bus. Au moins, ça leur ferait des souvenirs… Dieu merci, la propriété de dame Lataillade est en pleine nature, donc très aérée, et elle n’a du coup pas à craindre les odeurs, comme disait Chirac !

Toutefois, je remarque sur ses photos que sa belle piscine est construite juste derrière la haie qui la sépare du champ des gens du voyage (à ne pas confondre avec le chant des Gitans) et que de larges passages non clôturés existent dans cette haie. J’espère que son alarme de piscine, obligatoire et réglementaire, a bien des piles et fonctionne parfaitement, au cas où un enfant gitan tomberait dedans. Si on en retrouvait un au fond, ça ferait désordre… Ça ferait même très enfant de migrant noyé, non ?

Oui, dame Lataillade n’offrira probablement pas de goûter aux enfants de ses nouveaux voisins en guise de bienvenue et d’envie d’aller vers les autres.

Oui, cela est très loin de la belle initiative de mon ami Robert Rabagny qui, chaque année, sur son traîneau du père Noël, prend la route de l’aire des gens du voyage à Maignon et, en revenant, me parle des étoiles qu’il voit dans les yeux et des sourires des enfants de ce camp, ainsi que de son bonheur infini de partager et d’échanger.

Car voyez-vous, un enfant de gitan vaut bien un enfant de « gens honnêtes qui travaillent et paient leurs impôts ».

Jean-Philippe SÉGOT

Directeur de la rédaction « La Semaine du Pays basque »

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