La croissance se porte désormais à merveille. Elle vit sous les palmiers en maillot de bain. Découvrez comment notre modèle économique a réussi le braquage parfait…
Mes chers Ramdameurs, Mes chères Ramdameuses, réjouissez-vous. Notre modèle économique est un chef-d’œuvre de la taxidermie sociale : il a l’air vivant, il coûte une fortune en entretien, mais il ne bouge plus d’un millimètre. Depuis des années, on vous fait croire que la gestion d’un pays est une science complexe nécessitant des diplômés de l’Éna capables de parler trois langues sans jamais prononcer un seul mot clair. C’est faux. La gestion macroéconomique française actuelle repose sur un principe de bon sens très simple : si le peuple respire encore, c’est qu’on a oublié de taxer l’oxygène.
L’administration ou le triomphe du « Dites-le nous dix fois »
Faisons un peu de pédagogie : Le premier impôt de ce pays n’a pas de nom fiscal. C’est l’impôt du formulaire. Pour qu’un euro de votre travail descende de votre cerveau jusqu’à votre poche, il doit d’abord traverser le Triangle des Bermudes de la bureaucratie : l’Urssaf, le fisc, les caisses de retraite, et les incontournables Cerfa n°12345-67 etc. modifiés en urgence un vendredi soir d’août.
Nous avons inventé le concept révolutionnaire du « Dites-le nous une fois… puis confirmez-le par recommandé, par scan de votre carte d’identité (recto-verso, non coupé), et par une danse rituelle devant votre écran à 3 heures du matin comme je j’ai pu la faire devant France Irak à la coupe du monde du foot ».
Chaque fois qu’un gouvernement promet un « choc de simplification », l’administration crée un sous-comité secret chargé de rédiger un guide de 400 pages pour expliquer comment appliquer la simplification de manière complexe. C’est de l’art conceptuel. On climatise le désert avec vos impôts, et quand l’économie locale meurt de déshydratation, on crée une taxe carbone pour financer la recherche sur les ventilateurs.
Le hold-up légal ou l’art d’arroser les cactus fiscaux
Venons-en au cœur du ressentiment populaire : où va notre argent ? C’est ici que l’humour devient franchement grinçant. Si vous êtes un artisan, une profession libérale, un commerçant (la liste est longue) qui travaillent 60 heures par semaine ou un salarié qui compte ses tickets-resto comme des lingots d’or, vous vivez dans un enfer fiscal d’une pureté absolue. Vous êtes le cœur de cible de la tondeuse républicaine. En revanche, si vous dirigez une entité dont le siège social flotte mystérieusement entre le Luxembourg, l’Irlande et une boîte aux lettres aux îles Caïmans, la vie se transforme en un spa de luxe entièrement gratuit.
La mécanique de notre redistribution nationale est magique :
Étape 1 : On prélève l’impôt sur le travailleur moyen au nom de la « solidarité nationale ».
Étape 2 : Cet argent est injecté dans des dispositifs d’aide à la compétitivité et des subventions d’envergure.
Étape 3 : Les structures géantes encaissent le chèque, restructurent l’emploi local pour « rationaliser les coûts », et transfèrent les profits là où l’argent ne prend pas froid.
C’est le théorème de la baignoire percée : plus on y verse l’eau du contribuable, plus le niveau baisse, mais le fabricant de bouchons à Singapour se porte à merveille. Le véritable bon sens aurait voulu qu’on conditionne les deniers publics à une présence fiscale locale indiscutable. Si tu veux croquer le budget de l’État, tu paies tes impôts là où tu vends tes produits. Mais les experts à la télévision vous expliqueront avec des graphiques en trois dimensions que si l’on punit les « optimiseurs » de génie, ils feront une crise de nerfs et l’économie s’effondrera.
C’est l’argument de la prise d’otage économique, et nous payons la rançon tous les mois sur notre fiche de paie. La dette publique, elle, continue de grimper pour financer le fonctionnement d’une machine qui tourne à vide. On emprunte pour payer les intérêts de l’argent qu’on a emprunté l’année dernière pour offrir des boucliers thermiques à ceux qui possèdent déjà la centrale. C’est une pyramide de Ponzi avec un logo officiel (l’image comparative est satirique oups…)
L’euthanasie programmée de la classe moyenne ou le festin des vautours
Entrons maintenant dans la phase terminale du cynisme, celle où la poésie administrative cède sa place à la boucherie sociale fine. Avez-vous remarqué à quel point les logiques comptables excellent dans l’art de l’euthanasie budgétaire ? Le plan est d’une beauté chirurgicale : on affame méthodiquement le service public pour que vous alliez, de vous-même, supplier le secteur privé de vous achever à coups de cartes bleues.
Auparavant, vos impôts servaient à financer des trucs ringards comme des hôpitaux où l’on soignait les gens, ou des écoles où les enfants apprenaient à lire. Aujourd’hui, l’hôpital public est devenu un escape game. On a réussi à transformer l’un des meilleurs systèmes de santé au monde en un immense parcours du combattant où le patient doit lui-même poser son diagnostic sur une plateforme digitale pour ne pas déranger un interne qui en est à sa 36e heure de garde consécutive. On ne soigne plus, on gère des flux. Si vous passez moins de douze heures sur un lit de camp pliant dans un courant d’air entre deux portes coupe-feu, vous faites officiellement partie des privilégiés.
Le grand secret de cette comédie macroéconomique, c’est que la classe moyenne est devenue le carburant d’un incinérateur géant. On vous ponctionne la moitié de ce que vous gagnez pour financer des audits externes et des « plans de relance » qui finissent dans la poche de grands cabinets de conseil, dont la seule mission est de rédiger des diaporamas PowerPoint expliquant que « pour économiser de l’argent, il faut réduire le nombre de gens qui bossent sur le terrain« . Vous payez des types un million d’euros la page pour qu’ils vous expliquent que vous coûtez trop cher.
Et pendant ce temps, le peuple regarde, hypnotisé, le spectacle de sa propre tonte. On nous explique que si le pouvoir d’achat baisse, c’est à cause de la conjoncture géopolitique, de la météo ou de l’alignement des planètes. Jamais, ô grand jamais, à cause du fait que le fruit de votre labeur est aspiré par un tuyau géant relié directement aux comptes offshore de la haute finance internationale. La croissance n’est pas en berne pour tout le monde, mes chers ami(e)s. Elle se porte à merveille, elle a juste déménagé. Elle vit désormais sous les palmiers, en maillot de bain.
La servitude volontaire à 100 % de taux de profit
Regardons-nous en face. Si ce système absurde tient encore debout, ce n’est pas par la force de ses arguments économiques, c’est par la docilité de notre silence. Nous sommes devenus les complices passifs de notre propre dépouillement. Nous ronchonnons devant le journal de 20 heures, nous râlons en découvrant notre avis d’imposition, puis nous retournons sagement « badger », valider des formulaires et payer des taxes sur des services publics qui ferment les uns après les autres. Le système n’a plus besoin de nous imposer sa « dictature » : nous lui fournissons nous-mêmes les chaînes, le cadenas, et le chèque pour payer le gardien.
Philosophiquement, c’est un cas d’école anthropologique fascinant : l’être humain est le seul animal capable de travailler toute sa vie pour financer la cage dans laquelle on l’enferme, tout en remerciant le geôlier pour la qualité du verrou. La machine ne se réformera pas d’elle-même par la magie d’un bulletin de vote glissé une fois tous les cinq ans dans une boîte en plastique, car on ne demande pas aux bénéficiaires du festin de réécrire le menu. Si le peuple veut un jour récupérer le fruit de sa sueur et arrêter de mendier sa propre survie à coups de chèques inflation de 50 euros, il va devoir réapprendre à dire non. Tant que nous accepterons de troquer notre souveraineté contre le droit de fermer les yeux, nous ne serons rien d’autre que les figurants jetables d’une farce tragique. Sans les bras d’en bas pour porter l’édifice, la haute finance n’est qu’un mirage assis sur du vent. Le réveil commence quand on arrête de financer son propre effondrement.
BEKADUNA
( Article Rédigé par un contribuable qui a calculé son taux horaire réactualisé en nouilles instantanées.)
Pour illustrer ce billet d’humeur voici quelques sources :
- Le constat d’enlisement et la prolifération des textes législatifs sont détaillés par la plus haute juridiction administrative dans : Dossier de synthèse du Conseil d’État – Simplification et qualité du droit.
2. Les subventions publiques sans contrepartie (« arroser les cactus »)
Pour sourcer le maquis des aides d’État estimées à 157 milliards d’euros par an :
Le rapport de recherche universitaire de l’IRES : Rapport complet de l’IRES – Un capitalisme sous perfusion.
- Vous pouvez également utiliser leur outil interactif pour analyser visuellement l’écart entre les bénéfices réels déclarés et l’activité économique sur le Country-by-Country Report Statistics Explorer.
3. Les cabinets de conseil privés (« un million d’euros la page »)
- L’enquête exhaustive, les auditions et les chiffres clés (l’explosion des dépenses de l’État dépassant le milliard d’euros) sont consignés dans le célèbre Rapport de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés.