La magie du crédit en trois actes
La banque ne peut pas perdre, vous ne pouvez pas gagner.
Acte 1 : La banque invente 200 000 € en tapant sur un clavier. Durée : 4 secondes.
Acte 2 : Vous remboursez 310 000 € en argent réel sur 25 ans. Durée : un quart de votre vie entière.
Acte 3 : Si vous ne remboursez pas, la banque prend votre maison, dont la valeur a augmenté parce que la création de crédit fait mécaniquement monter les prix de l’immobilier. Bilan : La banque ne peut pas perdre. Vous ne pouvez pas vraiment gagner. C’est ce qu’on appelle «accéder à la propriété». Félicitations pour votre acquisition.
Et pendant ce temps, que fait la banque avec l’argent qu’elle crée ? Le documentaire répond avec une précision qui fait froid dans le dos : entre 70 et 80% du crédit bancaire va vers des transactions immobilières et des rachats d’actifs existants. Pas vers des entreprises qui créent des emplois. Pas vers des hôpitaux. Pas vers des énergies renouvelables. Vers de l’immobilier qui monte, ce qui rend l’immobilier encore moins accessible, ce qui pousse encore plus de gens à emprunter, ce qui crée encore plus de crédit, ce qui fait encore plus monter les prix.
C’est un serpent qui se mord la queue. Sauf que le serpent mange très bien et que c’est vous la queue.
Le FMI, les pays pauvres, et ce qu’on appelle «L’Aide»
Votre vision du monde est trop étroite si vous pensez que ce mécanisme ne concerne que les ménages français du pavillon de banlieue. Le documentaire consacre une partie à la dette des pays du Sud global — et là, l’humour noir atteint des sommets géographiques.
Le principe est simple : un pays pauvre a besoin d’argent. Le FMI (Fonds Monétaire International) arrive avec sa mallette et son sourire d’assistante sociale. Il propose un prêt. Généreux. Presque touchant. Avec, en petits caractères, des «conditionnalités» :
- Privatiser l’eau potable.
- Couper les subventions aux denrées alimentaires de base.
- Ouvrir les marchés aux multinationales étrangères.
- Réduire les dépenses de santé et d’éducation.
- Rembourser, toujours rembourser, avant tout le reste.
Résultat documenté, pays après pays, décennie après décennie : les populations s’appauvrissent. Les services publics s’effondrent. Les élites locales s’enrichissent en sous-traitant avec les multinationales entrantes. Et le pays, structurellement incapable de rembourser avec des taux d’intérêt plus élevés que sa croissance, contracte un nouveau prêt pour rembourser l’ancien.
BEKADUNA
Demain : « LE DEALER ET SON CLIENT»