Cinquième mandat pour Alain Iriart à Saint-Pierre d’Irube, quatrième pour Kotte Ecenarro à Hendaye, troisième pour Claude Olive à Anglet et Jean-René Etchegaray à Bayonne. Ces élus ne sont nullement en cause pour leur probité, mais est-ce raisonnable d’exercer la même responsabilité pendant aussi longtemps et est-ce que ça ne « tue » pas une génération montante ? L’avis des membres de RamDam.
Limiter les mandats et quitter la scène tête haute
« À force d’accepter les honneurs, on croit qu’on les mérite » cette phrase rapportée par une amie explique-t-elle l’appréhension des élus à redevenir des citoyens ? Est-ce la croyance, injustifiable, que sans eux aucun autre ne saurait faire ? Est-ce le désir de montrer aux groupes d’opposition qu’ils ne sont pas à la hauteur ?
Quant à l’Agglo, ou le Département, dont le rôle de conseiller technique, logistique, juridique etc.. parait peu évident tant nombre de maires de petites communes se disent se sentir seuls, qu’apportent-ils de plus que distribuer l’argent des citoyens – et sans demander leur accord – aux maires. Les maires qui en ont le plus besoin ou ceux qui savent le mieux quémander ? Plaçant ces élus en situations « d’obligés », est-ce que cela ne se rapproche pas d’une sorte de clientélisme confortant la place du président ?
Limiter les mandats serait l’occasion de quitter la scène politique la tête haute sans subir l’humiliation de se sentir rejeté. Est-ce si terrible de ne plus être « Monsieur le maire », ou « Monsieur le président » ?
Michel GELLATO
Tout se décide en dehors de la commune
Il fut un temps au siècle dernier, où le peuple venait chercher le « bourgeois » ou supposé tel, notable ou paysan aisé qui, par décence citoyenne, ne pouvait pas refuser l’honneur que lui faisaient ses concitoyens de présider aux destinées de son village. Celui-ci, sauf imprévu, était reconduit d’année en année et pouvait même mourir avec son écharpe tricolore autour du cou après trente ou quarante ans de service public. Parfois il refusait l’indemnité qui lui était proposée estimant que cet honneur n’avait pas de prix. Souvent son épouse exerçait un métier rémunéré comme institutrice ou bénévole comme infirmière renforçant alors les liens entre l’édile et ses administrés. Mais c’était un temps où il y avait peu de corruption ou de compromission, le maire et ses adjoints étant plus soucieux du bien-être de chacun et de l’harmonie « radieuse » communale que de leur propre bien-être.
Ce temps béni de dieux est révolu depuis longtemps. Ramdam 6440 a constaté que de nombreux élus ont privilégié leur réélection, leur parti, leur famille ou leurs copains au détriment du fameux « vivre ensemble » tant vanté à longueur d’articles de presse. Pire encore, beaucoup trop nombreux sont ceux poursuivis pour conflit d’intérêt, prise illégale d’intérêt, voire corruption active, etc… ? Il suffit de relire nos articles, concernant notre Pays basque, pour y trouver plusieurs illustrations, trop longues à décrire ici.
Aussi, malheureusement pour le travail de nombreux édiles exemplaires et honnêtes, deux mandats seraient effectivement largement suffisants pour limiter le pouvoir de nuisance des brebis indélicates, car probablement en deux fois six ans, soit douze ans, elles auront eu le temps de réaliser leurs rêves personnels les plus bénéfiques.
Enfin, on constate le désintérêt de nos concitoyens pour les élections pour deux raisons : la difficulté de constituer des listes paritaires et le crédit accordé à nos élus locaux. À Lahonce, j’ai moi-même félicité de sa prochaine élection le président du bureau de vote en déposant devant lui mon bulletin dans l’urne, effet des plus cocasses car même si je ne m’étais pas déplacé il aurait été élu puisqu’il n’y avait qu’une liste et que j’imagine au moins une personne aurait voté pour lui, lui-même. Quant au crédit local, tout se décide en dehors de la commune même le permis de construire si l’administration s’y oppose !
Dominique DE LA MENSBRUGE
Longévité et démocratie ne vont pas toujours de pair
Les élections municipales à peine terminées, les installations des édiles et de leurs conseils municipaux en cours, nous observons le renouvellement sans fin des mandats des maires sortants. À l’exception de la ville de Biarritz, quatre mandats, quatre maires différents élus ! Serait ce une exception locale ?
Comme beaucoup d’entre nous je m interroge sur ce phénomène. Si le ou la première magistrate de la ville est réélu(e) au fil des mandats, il est légitime de penser qu’elle ou qu’il a acquis la confiance des électeurs et que celle-ci lui est renouvelée à chaque élection. Seules les équipes municipales sont modifiées et rajeunies, souvent pour suivre l’évolution de l’électorat.
Qu’il y a-t-il de mal a cela ? Rien si ce n’est que la longévité n’est pas toujours synonyme de démocratie.
J’entends par là qu’une implantation de longue durée d’un édile crée des comportements, des réflexes, des alliances, des réseaux qui deviennent incontournables, pour qui voudrait apporter une autre voie. C’est un constat que nous pouvons tous faire lors des campagnes électorales. Leur couverture médiatique selon les candidats le prouve.
Limiter le nombre de mandats serait il la solution ? Avoir de nouveau recours à la loi pour modifier le code électoral m’indispose quelque peu. Faudra-t-il toujours suppléer aux individus qui se pensent irremplaçables ou qui ne veulent pas céder la place ? Peut être devra-t-on y arriver.
Il en sera sans doute de même pour les élu(e)s à la CAPB dont le fonctionnement et les compétences restent obscures pour la majorité des concitoyens. En l’état actuel sur chaque liste présentée aux élections municipales des candidats sont choisis pour siéger à la CAPB ;
Choix incontrôlable par les électeurs puisqu’en votant pour leur candidat ils entérinent une liste intouchable sauf à rendre le bulletin de vote nul !
Cette méthode éloigne un peu plus les électeurs de leurs représentants locaux au profit d’une organisation où l’opacité reste la norme. Les maires élus se trouvent automatiquement vice présidents de l’Agglo et sont donc pour leurs administrés la seule voie possible de renseignement !
Revoir cette organisation me semble illusoire même si démocratiquement elle est souhaitable. Les administrés dans les régions ( quand ils connaissent le nom de leur maire) ne connaissent que le premier magistrat de la ville et pas le nom et les fonctions des membres du conseil municipal.
Avant toute réforme à mes yeux c’est d abord un travail de communication sur nos institutions, leurs compétences, que nos collectivités locales devraient mener auprès des administrés. Cela constituerait un premier pas.
Pascale VIOT
Faute de mobilité politique, des générations sacrifiées
Si le législateur est logique, je ne vois vraiment pas pourquoi le Président de la République a l’obligation de quitter son poste au bout de deux mandats, tandis que des maires enquillent sans problème trois décennies à la tête de leur commune. En douze ans de gouvernance, on a largement le temps de donner jour à ses projets et de former un successeur qui amènera une nouvelle vision et une nouvelle équipe pour prolonger la dynamique municipale.
Quand un maire reste trop longtemps, quelles que soient ses qualités, il développe un savoir que les autres n’ont plus, interdisant de facto aux autres passionnés de vie publique de progresser. Deuxième point sensible, les émoluments dans les grandes villes n’ont rien de négligeable quand on cumule habilement les mandats. La tentation devient alors grande de transformer la passion de la vie publique en plan de carrière fort lucratif. D’où le drame quand ça s’arrête.
Plus personne de nos jours n’exerce le même métier de la même façon à 20 ans et à 50 ans. Je ne vois donc pas pourquoi les élus échapperaient à cette salutaire remise en cause. Si après avoir été douze ans maire, on est toujours passionné de vie publique, on peut tenter sa chance au conseil départemental, au conseil régional, à l’Assemblée nationale ou au Sénat. La France compte 567 222 élus, soit quatre fois plus que les États-Unis, qui ont une superficie sept fois plus grande que notre pays. C’est dire si les possibilités sont nombreuses.
Notre point de vue à RamDam est donc très radical. Un seul mandat à la fois, renouvelable une seule fois. Ce qui aurait le mérite d’éliminer les carriéristes au profit de véritables élus, correctement indemnisés pendant leur mandat, mais désintéressés et prêts à tout moment à reprendre leurs activités professionnelles.
Jean-Yves VIOLLIER