Les vacances rêvées d’ostreopsis à Biarritz

(Conte d’été)

Je suis une langoureuse Siamoise, le premier pays où j’ai été identifié, qui adore vagabonder au gré des courants d’eau chaude, coloniser vos plages et vous empoisonner la vie. C’est en 2021 que je me suis décidé à venir prendre mes quartiers d’été sur la Côte basque dont j’avais tellement entendu parler. Un endroit où l’on déverse nuitamment les eaux usées, nous offrant de merveilleux liquides chocolatés, mérite le détour ! J’en ai donc parlé immédiatement à ma famille et mes amies et tout le monde a rappliqué dare-dare. Pour ostreopsis, le tartare de surfeur à la sauce bassin de rétention y est effectivement inégalable.

Quand nous occupons trop d’espace et quittons les alguegecos qui nous sont habituellement réservés, nous sommes habituées à être combattues par les autorités locales, mais à Biarritz tout est fait pour nous faciliter la vie. Les forts vents marins nous permettent de nous adonner à notre passion suprême, le surf aérien, et de nous offrir de merveilleux axoas de nez, gorge, oreilles ou poumons de promeneurs de bord de mer, pas assez téméraires pour se baigner. Mais les couillons locaux continuent à faire des prélèvements dans l’eau du Port-Vieux sans chercher plus loin, ce qui nous arrange bien.

Il faut maintenant que je vous parle de Jon. Ce local qui travaille à la Communauté d’Agglo du Pays basque, est brun, poilu, moustachu avec un catogan. Tout ce qu’on adore avec nos flagelles pour s’accrocher aux branches et commencer le festin. Comme Jon passait plus de temps à surfer qu’à travailler, nous avons discuté avec lui (Ne me demandez pas comment, c’est notre secret) et il s’est engagé à nous donner toutes les informations en sa possession si nous ne nous attaquons pas à lui. Notre parole d’algue goinfre vaut à peu près autant que celle des politiques mais il ne se doute de rien et c’est l’essentiel.

Première alerte, le vendredi 11 juillet après un prélèvement au Port-Vieux. Jon nous annonce que nous sommes à 17 160 cellules par litre d’eau. J’ai un peu engueulé les copines d’avoir invité tout le monde sur la Côte basque, mais quand elles sont en pleine nouba, elles deviennent incontrôlables. Je m’attendais à ce que « la patronne » de Biarritz, aussi surnommée « La marquise du Rocher » ou « Maider A » prenne des mesures efficaces dès le lendemain. Mais à ma grande surprise, il ne s’est rien passé. Le samedi 12, personne ne travaille et nous pouvons donc empoisonner notre monde à satiété. Pas plus de mouvement le dimanche 13 juillet, à cause de la messe paraît-il, ni le 14 juillet, à cause des militaires.

Les chiffres consultables sur le site de la Communauté d’Agglo du Pays basque.

Mais quelle bamboche, on s’est offerte ! Évidemment, le technicien a failli tomber le cul dans l’eau le mardi 15 juillet en opérant son traditionnel prélèvement au Port-Vieux. Nous étions 600 000 à danser la gigue, nues et échevelées, dans chaque litre d’eau. Jon nous a prévenus que la plage allait être fermée le… jeudi 17 juillet. Ils savent prendre leur temps, ces humains !

Nous avions toutes préparées notre baluchon, bien conscientes de la nécessité d’aller chercher ailleurs des eaux plus accueillantes. Mais à notre grand étonnement, alors que Jon nous avait raconté, qu’à Saint-Jean-de-Luz ou Bidart, toutes les plages étaient désormais systématiquement contrôlées, à Biarritz, aucun contrôle supplémentaire.

Qu’est-ce qu’elle s’est imaginée la patronne de Biarritz ? Que nous étions gentiment venues à une « cousinade » sur le Port-vieux, en ignorant l’appel de la chair fraîche sur les plages voisines ? Ou alors, elle s’est dit que ce qui n’est pas chiffré n’existe pas. En ne faisant pas d’analyses, elle ne risquait donc pas d’avoir de mauvaises surprises, l’argent béni des touristes en cette période de vacances étant préférable à la santé de tous ? Jon nous a même raconté que Maider A, sur une télévision locale, avait affirmé qu’il allait falloir apprendre à vivre « avec cette forme d’allergisation »… Mortes de rire, qu’on était ! Eh, Maider, on est pas le gluten, mais juste un poison, la palytoxine, qui rend de plus en plus malade à chaque contact.

Quelle ronde endiablée nous nous sommes offertes avec les copines, en comprenant que nous n’étions plus des has-been et que des années de bonheur nous attendent à Biarritz ! Jon nous a même expliqué qu’avec tous les machins inutiles qu’il y a au Pays basque, la commune, mais aussi l’Agglo, le conseil départemental, le conseil régional et même l’Europe, nous pouvions sans doute décrocher une prime d’installation. C’est vraiment la fête !

Jean-Yves VIOLLIER

Un commentaire

  1. Enfin une solution naturelle pour dire Halte au tourisme de masse ! Vibrio vulnificus (la « bactérie mangeuse de chair ») et ostreopsis sont là pour faire l’antipub de la cote basque. Fini les problèmes avec Airbnb, l’envolée du prix de l’immobilier et la fermeture des urgences.

    Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ;
    Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours

    De microbe en microbe, la nature est la même
    Et une autre vérole , cachée, attend son tour

    J’aime

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