Conflit d’intérêt et cumul des mandats le débat qui anime RamDam

Alors que la plupart des figures majeures de la Côte basque vont se représenter aux municipales de 2026, est-il encore raisonnable d’envisager d’être maire de Bayonne et président de la CAPB ?

Un de ces débats comme on les aime à RamDam, lorsque nous avons le plaisir de nous retrouver. La conversation roule sur les prochaines élections municipales. Amusés, nous faisons le constat que les médias parlent depuis cinquante ans de crise de vocation pour les maires qui ont incontestablement une tâche de plus en plus difficile, mais qu’il y a toujours autant de listes le jour des élections. Pour preuve, aucun des maires des grandes villes de la Côte basque, d’Hendaye à Bayonne, d’Anglet à Biarritz, n’envisage de laisser la place en 2026. Nous évoquons aussi les conflits d’intérêt et cette « curiosité » qui veut que le maire de Bayonne soit aussi président de la communauté d’Agglo. Énarque, ayant longtemps traîné ses costumes-cravate dans les ministères, Jacques-André Schneck estime que ça ne pose pas de problème. Journaliste passionné de vie publique, Jean-Yves Viollier pour sa part juge que les temps ont changé et qu’il vaut mieux pour les personnalités publiques éviter les procès en suspicion publique. Nous publions avec plaisir la joute épistolaire qui oppose (tout à fait amicalement) ces deux fondateurs de RamDam.

Les temps ont changé tout simplement

Cher Jacques-André,

Ce n’est pas moi, simple petit soldat du journalisme, qui vais contester tes solides connaissances législatives et ton expérience de la vie ministérielle. Je vais juste me placer en observateur. À propos des conflits d’intérêt, tu écris fort justement : « Si je suis le maire, je dois m’abstenir de tout vote, éventuellement quitter la salle au moment où il se produit, dès lors que mon entreprise est candidate et qu’une décision est soumise aux élus. Si je respecte ces règles, je ne suis jamais condamnable ». Dans les années 80, l’opinion publique ayant tendance à avoir confiance en ses élus, un texte comme celui que tu cites faisait figure de garde-corps parfait. Ce n’est plus le cas. Le maire malin va bien se garder d’apparaître dans un vote favorisant ses intérêts et se contenter de pressions en coulisses, tandis que le maire « couillon » va participer au vote et éventuellement se faire prendre. Sans compter les innombrables communes où il n’y a qu’une liste aux commandes et pas la moindre opposition !

Pierre Mallet, le maire de Benquet, n’aurait pas été convoqué au tribunal s’il avait fait estimer par Les Domaines le bien lui appartenant qu’il revendait à la commune. Pour RamDam, même si c’est légal, un maire devrait à tout prix éviter de faire des ventes ou des acquisitions dans sa commune, le temps de son mandat.

Tu sembles penser que le maire est un citoyen comme les autres. Pour moi il doit être plus vertueux que les autres et, à une époque où l’on est très critique envers les élus, se tenir à distance de toute suspicion de conflit d’intérêt possible, en évitant, même si la Loi l’autorise, d’acheter pendant la durée de son mandat un bien dans sa commune ou de faire intervenir une entreprise lui appartenant.

Un divorce croissant entre élus et citoyens

Pour illustrer mon propos, je vais te raconter une histoire personnelle. Entre mes 14 et mes 38 ans, mon grand-père, puis mon père, sont devenus maires de la petite commune à côté de Saintes où j’ai été élevé. Ce qui n’avait rien d’évident en 1967, puisque mon grand-père  était un paysan vendéen, chassé par la faim en 1932 de son département et venu comme métayer en Charente pour y cultiver des terres meilleures. Au moment de son élection, nombre d’habitants du village nous appelaient encore « les migrants ». C’est sans doute pour cette raison que je me suis senti obligé, en tant que petit-fils et fils de maire, d’être exemplaire. Quand je venais déjeuner, j’évitais de passer par le village où j’avais pourtant nombre de copains d’enfance afin de ne pas avoir à commenter les actions des élus de ma famille. Et, alors que j’avais envisagé jeune d’acheter une maison dans ce village, je me suis bien gardé de le faire pour ne pas prêter le flanc à la critique ou à un soupçon de favoritisme. Quand je vois actuellement le nombre d’élus de premier plan de la Côte basque qui ont casé leur progéniture à l’Agglo ou à l’Hôtel du Palais, je suis plutôt scandalisé.

Même chose en ce qui concerne le cumul mairie de Bayonne, présidence de l’Agglo. Il m’est d’autant plus facile d’en parler que Jean-René Etchegaray est un élu de qualité qui mène plutôt fort habilement les deux entités. Mais a-t-on déjà vu un joueur de rugby être en même temps l’arbitre du match ? J’estime qu’en 2026, maintenant que la communauté d’Agglo du Pays baque est sur rail, Jean-René Etchegaray devrait choisir entre ces deux fonctions.

Ma préoccupation première d’amoureux de la vie publique est ce divorce sans cesse croissant entre les élus et les simples citoyens. Les discussions que nous avons avec les lecteurs de RamDam nous prouvent à quel point la vie publique avec ses multiples strates, mairie, Agglo, conseil départemental, conseil régional, leur échappe et à quel point des cours d’instruction civique pour adultes devraient être mis en place.

Face à cette méfiance sans cesse croissante de la population, parfois justifiée par les nombreuses prises illégales d’intérêt d’élus se retrouvant au tribunal, mais aussi parfois totalement injustifiée, le dispositif légal actuel me paraît très nettement insuffisant.

Jean-Yves VIOLLIER

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