Selon le site du SDIS 64 (service départemental de secours et d’incendie), sur 43 centres, 36 ne sont composés que de pompiers volontaires. Mais à la caserne de Cambo-les-Bains, on ne doit pas le savoir.
Le SDIS 64 recrute des hommes et des femmes de 16 à 55 ans motivés par l’entraide et la solidarité, disponibles notamment en journée. Quel enfant n’a pas annoncé qu’il serait pompier une fois devenu grand ? L’uniforme a fait rêver plus d’un petit garçon et plus d’une jeune fille lors du bal du 14 juillet. Cela c’est pour l’anecdote qui peut faire sourire. Mais la réalité, c’est que depuis le 7 novembre 1976, les femmes sont autorisées à endosser l’uniforme. En janvier 2022, le ministère de l’Intérieur indiquait que les femmes représentaient 6 % des sapeurs pompiers professionnels et 20 % des sapeurs pompiers volontaires.
Sauf que pour un certain nombre de sapeurs pompiers masculins, qu’ils soient supérieurs hiérarchiques ou simples collègues, le décret du 7 novembre 1976 n’est toujours pas parvenu à leur cortex. « J’ai fait depuis 10 ans, toutes mes interventions avec le cœur, j’ai des témoignages, j’ai ma place chez les pompiers. » déclare Aurélie Albert pompier volontaire à la caserne de Cambo-Les-Bains en mars 2023.
Harcèlement moral et loi du silence
La caserne de Cambo-Les-Bains, en manque d’effectifs comme 24 autres communes des Pyrénées Atlantiques, a fait la une de Sud Ouest le 2 mars 2023, la une de France Bleu le 15 mars et celle de France 3 Régions le 17 mars. Les articles relayaient le non renouvellement du contrat de sapeur pompier volontaire d’Aurélie Albert, après 10 ans d’activité (elle a connu 5 chefs de corps), d’un début de grève de la faim et d’une plainte pour harcèlement moral, homophobie et discrimination. « Tout est prétexte pour me sortir. Je suis sanctionné pour un bip qui n’a pas sonné, alors que je me suis rendue à la caserne aussitôt que j’ai été jointe au téléphone. J’ai pris sept jours d’exclusion. Je ne pense pas qu’il y ait en France, une deuxième pompier qui ait subi cette sanction. »
Insultes, brimades, sanctions, rien ne lui est épargné depuis trois ans avec l’arrivée d’un nouveau chef de corps. « J’aimerais être reçue, qu’on me regarde dans les yeux, qu’on me laisse m’exprimer et qu’on annule cette décision, parce que je mérite, au même titre que les autres, d’être pompier. » Ils sont trois (deux hommes et elle même) à porter plainte auprès du tribunal, pour des faits de harcèlement moral. Les plaintes seront classées sans suite pour les trois plaignants et pour la personne mise en cause pour bons et loyaux services, elle obtiendra une promotion et un changement d’affectation sur Anglet.
Violence psychologique déguisée
Il est à noter que le harcèlement est un délit. Tout harceleur est passible de sanctions disciplinaires de la part de son employeur, telles que la mutation, la mise à pied ou encore le licenciement. Normalement, les textes sont conçus pour protéger, mais là, force est de constater que soit la Justice n’a pas bien compris qui était le harcelé, soit c’est une nouvelle fois la loi du plus fort qui prime.
C’est malheureusement parfois une stratégie consciente, une pratique managériale, une méthode de gouvernement de certaines entreprises que de faire siennes toutes formes de relations et de pressions réitérées dans les lignes verticales et horizontales pour obtenir de l’autre sa soumission. Ce qui fait sa particularité, c’est que le harcèlement moral au travail n’est pas secret mais se déploie en public, au vu et au su de tous. Il s’exerce contre une victime, sous le regard des autres qui savent, qui voient et qui se taisent.
« Au retour d’un arrêt de travail de 10 jours, j’ai dû passer devant un médecin qui ne m’a pas reconnue apte à reprendre le travail. Cela a duré plus de 6 mois, avant que j’alerte le tribunal. Il faut savoir, que la visite de reprise n’est obligatoire qu’au delà de 30 jours d’arrêt de travail. Le tribunal a contesté cette décision médicale arbitraire et j’ai pu reprendre le travail ».
Avoir le feu sacré, être tout feu tout flammes
Le sapeur pompier a la passion de son métier. Il est enthousiaste pour cette activité qu’il a choisi malgré ses aspects contraignants et sa dangerosité. L’entraide et la solidarité sont les maîtres mots de l’engagement des sapeurs pompiers. Mais dans cette douloureuse affaire, il semble qu’au sein de la caserne de Cambo, ces deux mots se sont très certainement dilués dans les tuyaux de la lance à incendie.
Ramdam a rencontré Aurélie Albert, chez elle, dans la commune de Cambo et a pu constater comment elle est appréciée par la population qui la soutient dans son combat. Cette jeune femme lumineuse et courageuse qui travaille dans le social auprès des personnes âgées a choisi d’être pompier volontaire. Les casernes lancent des appels à volontaires et dans le même temps se séparent d’effectifs en ne renouvelant pas les contrats. Il faut savoir qu’une caserne qui manque d’effectifs ne peut assurer un départ de véhicules et que tout retard engendre un risque encouru par la population. Allez, on revient à la raison, en réintégrant Aurélie ?
Danielle BONNARDET