Aramendi répond à ses opposants

Le maire d’Urrugne, suite à la lettre de RamDam, détaille point par point les controvverses locales.

Dans le cadre des élections municipales, nous avons eu l’occasion de rencontrer Madame Martine Mignot-Carme et Monsieur Sébastien Etchebarne, tous deux candidats. Ils nous ont fait part, bien sûr, des divergences qui les opposent à la gestion du Maire actuel Monsieur Philippe Aramendi. Après avoir compilé ces questions, je les ai adressées à Monsieur le Maire, lequel a pris le temps pour y répondre en détail.

Nous devons au passage le remercier pour l’appréciation qu’il nous accorde : « je tiens enfin à souligner que je reconnais pleinement le travail utile et l’engagement de l’association Ramdam dans le débat public local ».

Michel GELLATO

Question 1 : Transparence et démocratie

Ces notions ne semblent pas être comprises également par toutes les parties. Un seul exemple, la mise en sens unique de la rue de Socoa, suffit pour illustrer le déficit de communication. Qui l’a demandée ? Ce projet a-t-il été porté à la connaissance citoyenne ? Non nous dit le conseil de quartier qui a récolté des avis négatifs ; d’après vos services, 3 consultations avec le Comité de Quartier. On parle de « parcours urbain », serait-ce ça le mode de consultation ?  La mairie aurait travaillé sur 17 hypothèses de travail, hypothèses jamais présentées d’après eux, ni aux élus d’opposition ni au Comité de Quartier. Que croire ? Ce dialogue de sourds crée une grande confusion qui ne peut servir à personne.

Réponse du Maire d’Urrugne

« Concernant tout d’abord la relation avec les conseils de quartier et l’exemple de la rue de Socoa, je tiens à rétablir les faits.

Cette évolution de circulation trouve bien son origine dans une demande exprimée par le conseil de quartier de Socoa. Les services municipaux ont, depuis, tenu une chronologie précise du dossier, que vous trouverez en annexe et qui atteste de la bonne foi de la municipalité dans la conduite de ce projet. Cette note que vous trouverez en pièce jointe (voir document pdf en fin de texte)  démontre s’il le fallait le revirement des membres du Conseil de quartier sur la solution de mise en sens unique. Je vous laisse en prendre connaissance et vous vous en ferez votre propre opinion sur la base des comptes rendus et extraits d’études factuels.

Je comprends néanmoins que cet aménagement ait pu perturber les habitudes et susciter des questionnements. Cela nous oblige collectivement à poursuivre nos efforts de pédagogie et de dialogue.

Au-delà de ce cas particulier, je souhaite rappeler les engagements que nous avons pris devant les habitants et les réalisations concrètes déjà mises en œuvre pour renforcer la participation citoyenne à Urrugne.

Depuis le début du mandat, nous avons notamment :

•             soumis au vote électronique des habitants le choix des sections de la voie verte Bourg–Olhette, une démarche nouvelle dans la commune ;

•             déployé l’application KasuKlik, qui permet à chaque habitant de signaler directement un problème sur le domaine public ;

•             publié un numéro spécial d’Urruñan Bizi consacré à la démocratie participative ;

•             redéfini les missions des sept conseils de quartier avec un travail structuré entre septembre et janvier pour faire émerger des priorités d’investissement pour la 2e année consécutive;

•             mis en place un budget participatif ayant permis la sélection de deux projets par vote des habitants, dont celui porté par le collectif citoyen « La forêt qui court » ;

•             lancé une Assemblée citoyenne, dispositif encore récent qui doit trouver progressivement son public.

 La démocratie participative n’est jamais un état figé. C’est un processus vivant qui suppose d’expérimenter, d’ajuster et d’améliorer en permanence nos méthodes. Oui, notre communication peut toujours être perfectible, et je le reconnais volontiers, mais les faits montrent une volonté constante d’ouvrir la décision publique et d’associer les habitants. Je tiens pour terminer à rappeler que mon bureau est toujours ouvert, tous les habitants qui souhaitent me rencontrer peuvent le faire, en toute simplicité, sans filtrage. »

Questions 2 de l’opposition  : Le Budget

Au-delà de plainte récurrente de n’être pas tenu au courant ou trop tard de vos projets, dans le cas du budget, vous auriez annoncé lors du conseil municipal du 20/01/2025, 5 Millions d’€ d’investissements dans le PPI. (Plan Prévisionnel d’Investissement). L’opposition m’a affirmé n’avoir eu communication d’aucun détail quant à l’affectation de ces 5 Millions. Voilà qui est difficile à croire. 5 millions ce n’est pas rien !

Vous annoncez cependant que les finances sont saines. Or, au niveau du budget, vos opposants jugent la situation financière d’Urrugne nettement dégradée depuis 2020. L’épargne nette — c’est-à-dire la capacité de la commune à financer ses projets d’investissement sans recourir à l’emprunt — aurait littéralement fondu. Les dépenses de fonctionnement auraient bondi de plus de 60 % depuis 2019, les frais de personnel, incluant ceux du CCAS, représenteraient près de 58  % des dépenses de fonctionnement du budget communal, pourcentage qui serait largement supérieur à la moyenne des communes de taille comparable. Si ces chiffres sont vrais, est-ce inquiétant ou non ? c’est à dire, quelle sera la marge de manœuvre de la future municipalité ?

Réponse du Maire d’Urrugne :

Concernant le budget

« Je dois vous dire très clairement que je suis étonné, pour ne pas dire plus, par cette affirmation. Le budget de la commune est voté dans le détail par le conseil municipal, conformément aux règles de la comptabilité publique. Le Rapport d’Orientations Budgétaires du 20/01 dont vous pourrez prendre connaissance en cliquant sur le lien suivant (https://www.urrugne.fr/media/urrugne/rob-2025-pdf.pdf) est particulièrement complet, puis le budget primitif voté en février ont été transmis aux élus, débattus et soumis au vote dans les conditions prévues par la loi. Ces documents sont publics

S’agissant des 5 millions d’euros d’investissements évoqués dans le Plan Pluriannuel d’Investissement, ils ne constituent en rien une enveloppe opaque : ils correspondent à la programmation d’équipements et d’opérations présentée dans nos documents budgétaires.

Afin d’assurer une information synthétique, les 5 M€ d’investissements programmés se déclinent notamment comme suit :

·         Cuisine centrale : 2 138 000 €

·         Ferme maraîchère communale : 300 000 €

·         Forêt et milieux naturels : 159 000 €

·         Rénovation énergétique des bâtiments : 190 000 €

·         Voiries communales : 569 000 €

·         Aménagements de quartiers : 70 000 €

·         Budgets participatifs : 50 000 €

·         Accessibilité : 24 000 €

Est-ce que les chiffres de finances sont inquiétants ? Non je ne le crois pas. Pour bien comprendre la situation d’Urrugne en 2020, il faut introduire une notion essentielle en finances locales : celle de dette grise.

La dette grise ne correspond pas à une dette financière inscrite dans les comptes. Elle désigne le retard d’investissement accumulé au fil des années lorsqu’une collectivité reporte ou sous-dimensionne ses dépenses d’équipement et de modernisation. Autrement dit, une commune peut présenter des comptes apparemment confortables avec une épargne brute ou nette au-delà d’un million d’euros, tout en ayant, en réalité, laissé se creuser un besoin de remise à niveau de ses services, de ses équipements ou de son administration.

C’est précisément la situation que nous avons trouvée en arrivant et qui nous a été confirmée par les analyses financières que nous avons conduites qui sont d’ailleurs reprises dans les derniers Rapport d’Orientations Budgétaires. Pendant plusieurs années, le niveau d’investissement et de structuration des services est resté en deçà de ce que l’on observe dans les communes de même strate. Ce décalage a créé une forme de dette invisible envers les habitants : manque de certains services de proximité, équipements à moderniser, administration à renforcer.

Le début du mandat a donc été consacré à résorber cette dette grise. Cela s’est traduit par :

·         la structuration de services qui n’étaient pas au niveau attendu pour une commune de plus de 10 000 habitants ;

·         des recrutements ciblés pour améliorer l’accueil et la qualité du service public ;

·         un effort d’investissement pour remettre la commune à niveau.

Oui, ce rattrapage a mécaniquement mis le budget sous tension à court terme. Mais il s’agissait d’un choix assumé et nécessaire pour remettre Urrugne sur une trajectoire normale d’équipement et de service. Aujourd’hui, ce travail de remise à niveau est largement engagé. Le ROB le souligne d’ailleurs : malgré la hausse récente, le rattrapage des dépenses de personnel et de fonctionnement demeure encore inachevé au regard des standards des communes de même strate (environ 1000€ par habitant contre 1200€ pour les communes de même strate)

Nous entrons désormais dans une nouvelle phase : celle de la stabilisation et de la maîtrise, avec un objectif clair de fonctionnement à effectifs constants sur le prochain mandat et d’investissements ramenés à un rythme plus soutenable autour de 4 M€ annuel. »

Question 3 de l’opposition :  Création d’une cuisine centrale, la centrale d’achat, les circuits courts :

Si aucun de vos opposants ne s’y oppose bien au contraire, ils déplorent un manque d’étude et de préparation. La cantine municipale ne serait rentable qu’à partir de 800 repas, or elle n’en sert que 350/400. Ainsi le coût réel serait de 10 € /repas alors qu’il serait facturé 4 ou 6 €. Qui paie la différence ?

Le projet de la ferme maraîchère : outre les 300.000 euros déjà consacrés, est-ce bien le rôle d’une mairie de devenir exploitant agricole ? Le Pays basque manque-t-il de paysans ?  Certes des serres ont été installées cet été, mais pour le moment aucun légume dans les cantines. Pour ajouter encore à la confusion la gestion de la cantine est confiée à la Centrale d’achat « VICI Restauration », sise à Valence dans la « Drome » ! Centrale d’achat qui loue un logiciel de préparation des menus et qui optimise les achats sur l’ensemble de la France. On est donc très loin de la souveraineté alimentaire locale. Peut-être trop d’enthousiasme a fait précipiter le projet ? Tout cela mérite des éclaircissements.

Ajoutons l’achat de la colonie de Bixikenia, à un prix jugé bien au-delà des estimations de domaines et dont la destination est peu claire.

Réponse du Maire d’Urrugne

Concernant la cuisine municipale et la ferme maraîchère

Je vais vous répondre de la manière la plus factuelle possible comme j’ai pu le faire à Monsieur Fourcade lors du dernier Conseil municipal. Aujourd’hui, le coût réel d’un repas pour la collectivité est estimé à environ 9,50 €, tandis que le prix acquitté par les familles se situe entre 2 € et 6 €. La participation des usagers couvre donc environ 40 % du coût de revient.

Ce modèle n’a rien d’exceptionnel : dans l’ensemble des collectivités françaises, la restauration scolaire est structurellement subventionnée. C’est un choix de politique publique assumé, au service de l’égalité d’accès et de la qualité alimentaire. Comme le rappelle la formule attribuée à Hippocrate : « L’alimentation est notre première médecine. » À travers cette politique, nous n’investissons pas seulement dans la production de repas ; nous investissons dans la santé et l’avenir de nos enfants.

Au fond, derrière votre question, qui appelle un raisonnement de type business plan, je perçois un débat qui relève autant d’une approche de service public que d’une approche strictement comptable. Un service public municipal n’a pas vocation à être rentable au sens marchand du terme. Si l’on appliquait ce raisonnement à l’ensemble des politiques publiques, il faudrait aussi s’interroger sur la rentabilité des équipements sportifs, culturels ou éducatifs, qui sont eux aussi structurellement financés par la collectivité. La vraie question est donc la suivante : le service rendu est-il utile, maîtrisé et soutenable ? C’est précisément notre ligne de conduite. Il est important de rappeler que la cuisine centrale est un équipement récent, en phase normale de montée en charge.

Aujourd’hui, il n’est pas encore pertinent d’établir un compte d’exploitation définitif. Une année pleine de fonctionnement est nécessaire pour mesurer finement : les économies d’achats alimentaires ; les effets d’optimisation des moyens humains ; la baisse de certaines consommations (notamment liée à la fin de certaines liaisons froides) ; la rationalisation progressive entre les sites scolaires.

Le coût actuel est donc estimatif et évolutif. Plusieurs actions concrètes sont en cours pour améliorer l’équilibre du dispositif :

·         l’augmentation progressive du nombre de repas produits pour tendre vers la capacité cible d’environ 800 repas ;

·         la réduction du gaspillage alimentaire ;

·         le développement de partenariats avec des producteurs locaux ;

·         l’élargissement progressif des publics servis (agents communaux, aînés, partenaires locaux).

La commune a fait le choix d’emprunter pour cet équipement, ce qui est parfaitement logique pour un outil structurant appelé à fonctionner sur plusieurs décennies. Ne pas emprunter aurait conduit à faire supporter l’intégralité du coût aux seuls Urruñar d’aujourd’hui, ce qui n’aurait ni été juste ni cohérent pour un équipement durable. Je rappelle par ailleurs que la dette par habitant d’Urrugne demeure l’une des plus faibles du territoire, ce qui confirme la soutenabilité de notre stratégie.

Concernant la ferme maraîchère, l’objectif est clair : sécuriser un approvisionnement local, biologique et de qualité pour la restauration collective. Il ne s’agit pas de se substituer aux agriculteurs du territoire. Mais chacun sait qu’il est aujourd’hui impossible d’imposer à un maraîcher de fournir la cantine en volumes réguliers, surtout en agriculture biologique.

La ferme communale constitue donc un outil de sécurisation des approvisionnements, un levier de transition alimentaire et un complément au tissu agricole local. Il est tout à fait normal qu’aucun légume ne soit encore servi. Le calendrier agronomique était connu dès le départ : la nature a ses rythmes. Nous sommes dans une phase de démarrage conforme aux prévisions.

Le recours à une centrale d’achat nationale pour le démarrage est un choix pragmatique et transitoire.Il permet de sécuriser les approvisionnements dès l’ouverture, d’optimiser les achats pendant la phase de montée en puissance, de préparer, progressivement, une montée en part de produits locaux.L’objectif de souveraineté alimentaire locale est bien maintenu, mais il se construit dans le temps, de manière réaliste. Il n’y a ni précipitation ni improvisation. Il y a un investissement structurant, une montée en charge progressive, une stratégie alimentaire de long terme et une gestion rigoureuse en phase de consolidation.

Je vous invite d’ailleurs très volontiers à venir visiter ces équipements, rencontrer les agents engagés qui y travaillent et échanger avec les enfants qui en bénéficient déjà au quotidien.

Concernant le domaine de Bixikenea

Je vous ferais la même réponse que celle que j’ai fait à Monsieur Fourcade lors du dernier Conseil municipal du 23 février mais avec la précision suivante : nous avons acheté cette ancienne colonie pour la somme d’environ  500€ du m² sans compter les 15ha d’espaces naturels, agricoles et boisés qui font de c site un lieu exceptionnel. Fallait-il passer à côté de cette opportunité d’achat quant on sait que la précédent e municipalité n’avait rien fait en 2018 au grand dam des Urrunar ?

Vous me donnez ensuite l’occasion de rappeler ce que ce site apporte déjà à la population locale.

•             Il accueille aujourd’hui des associations de jeunes Urrunars au sein d’un gaztetxe qui sert de local et de lieu d’animation tout au long de l’année.

•             Il héberge l’association La Forêt qui court, lauréate du budget participatif, qui est en train d’y créer une forêt nourricière.

•             Il a permis l’ouverture d’un nouveau parc public doté d’équipements de grande qualité dans un cadre paysager remarquable : terrain de football, mini-golf, fronton, terrain de pétanque, etc.

Ce parc est d’ailleurs très fréquenté par les écoles publiques et privées, qui semblent pleinement s’approprier ce lieu à vocation également éducative. Surtout, sur le principal bâtiment du site, nous sommes aujourd’hui en train de créer une véritable dynamique culturelle autour d’un tiers-lieu culturel et associatif. Dans un contexte national marqué par la fragilisation des outils et des équipes culturelles, nous faisons le choix de relever le défi de l’accès à la culture pour tous, du soutien à l’émergence des jeunes artistes et de la protection des pratiques amateurs. Ce futur équipement a vocation à rayonner sur l’ensemble du territoire.

Pour terminer, vous souhaitez des chiffres précis: en voici.

Nous venons de voter 160 000 € de crédits pour engager la réhabilitation du bâtiment concerné. Cette année, les premiers ateliers d’artistes seront livrés. Leur fonctionnement est estimé à environ 6 000 € de charges, hors personnel d’entretien encore en cours d’évaluation. En parallèle, nous prévoyons dès la fin de l’année environ 20 000 € de recettes. Vous comprendrez bien que le compte d’exploitation évoluera au fur et à mesure de l’avancement de l’aménagement de ce site qui se fera sur plusieurs années.

Enfin, sur la route de la Corniche, je partage totalement votre analyse et la nature nous la rappeler encore en décembre dernier avec l’effondrement d’un nouveau pan de falaise à l’endroit de la sortie de Ciboure en direction d’Hendaye.

Recevez mes salutations,

Philippe ARAMENDI

Le Maire

Pièce jointe « dossier de mise en sens unique rue de Socoa »

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