Comme sous l’Ancien Régime, les maires n’hésitent plus à se tourner vers les « mieux disant financiers » au moment de distribuer des postes.
En 2014, lorsque Michel Veunac s’est présenté à la mairie de Biarritz pour succéder à Didier Borotra, il ne roulait visiblement pas sur l’or, comme nombre de gens très bien. Il a donc demandé à ses colistiers de l’aider à financer sa campagne électorale en lui prêtant de l’argent, ce qui n’a rien de scandaleux.
Malheureusement, les choses se sont légèrement compliquées une fois que Michel Veunac a revêtu l’écharpe tricolore. Lorsque ses anciens colistiers-prêteurs, devenus pour la plupart ses adjoints, se sont hasardés à lui demander s’ils pouvaient être remboursés, le nouveau maire a feint une sainte colère avant de rabrouer vertement le plaignant « Avec ce que j’ai fait pour toi ? Avec le poste d’adjoint que je t’ai donné ? Tu oses me demander de te rembourser ? ». À ma connaissance, seul un des élus est allé jusqu’au bout en obtenant le remboursement de l’argent prêté, tandis que tous les autres ont râlé ferme et mis leur don dans la case pertes et profits.
Verse une rente à mon parti et tu seras adjoint !
« Le Canard enchaîné » du 21 janvier, nous apprend que ce système artisanal adopté par le maire de Biarritz en 2014 a été grandement amélioré en 2020 par le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau. Devenu bien malgré lui une célébrité des prétoires, après avoir piégé son premier adjoint avec une sextape qu’il menaçait de diffuser, le très créatif maire avait mis au point un système de « cotisations volontaires » à son parti.
Persuadé en 2020 qu’un grand destin national l’attendait, Gaël Perdriau avait créé un micro-parti intitulé « La Manufacture des idées », parti qu’il préside toujours aujourd’hui selon « Le Canard enchaîné », malgré une condamnation à cinq ans de prison, dont un an avec sursis, et cinq ans d’inéligibilité, avec exécution provisoire. Condamnation dont il a fait appel.
L’enquête policière a démontré que le maire a invité en 2020 ses futurs colistiers à s’engager par écrit à verser une partie de leurs futures indemnités à son parti. Les tarifs sont même très précis : 75 euros mensuels pour un conseiller délégué, 150 pour un adjoint, le double lorsque l’élu cumule avec des fonctions à l’Agglo.
C’est ainsi que, le plus légalement du monde, Gaël Perdriau se trouve toujours à la tête d’un petit magot de 250 000 euros, bien au chaud dans son parti.
Et on dira après que les élus ne savent pas faire d’argent !
Jean-Yves VIOLLIER