Fort de notre pluralisme politique, chaque membre du bureau de RamDam a écrit un texte sur la nomination de François Bayrou. L’optimisme n’est pas de mise.
En Bayrou libre
Sans me flatter, ce n’est pas ma manière
Pour sauver un pays en pleine pétaudière
Je savais que Macron n’aurait pas d’autre choix ,
On a besoin de moi !
Être ministre en chef, j’ai passé l’examen
Tout plaide pour mon choix
Mes procès, ma mise en examen,
Qui, plus diplômé que moi ?
Si ma joue en rosit, je ne vais pas la tendre
À tous ces faux amis qui n’ont pas été tendres
Savourons le présent, car l’heure est à l’émoi
On a besoin de moi !
De mon inexistence je tire le bénef,
Et même si je suis censuré dans trois mois,
Aujourd’hui, le grand chef,
C’est moi, c’est moi, c’est moi !
Michel GELLATO
Pau, libérée !
Et voici notre poly-béret, l’homme aux mille casquettes, à une marche du sacre ultime, dont d’aucuns (et surtout lui-même) le croient destiné depuis les Saintes Écritures.
Notre bon François va pouvoir gagner Paris en autorail, même s’il y furetait déjà depuis des lustres, bénévole au Haut-commissariat au plan oblige, avec voiture et chauffeur cependant.
À une certaine époque Bayrou avait pu incarner la jeunesse et la modernité, conseiller général à 30 ans, député à 35, ministre à 42, mais 40 ans plus tard il est encore là. Au plan national, il a su prendre une place centrale dans le corps politique, aussi importante qu’un nombril : tout le monde en a un, mais personne ne sait à quoi ça sert. Les médias ont su lui façonner une bonne image, car il leur a rendu de fiers services : imaginez la déprime d’un présentateur TV, le dimanche à 15h, sans invité pour le plateau du soir. Et bien un coup de fil, Bayrou se radine et il peut vous tenir 40 mn d’antenne, avec un avis sur tout, sans fâcher personne, et guérissant de surcroît de nombreux cas d’insomnie chronique.
Cette bonne image de tonton serviable, que personne n’a jamais vraiment écouté, mais qui s’impose au moment de découper le poulet, nous sera peut-être utile dans la période actuelle, aux âpretés inédites. Elle contraste en revanche avec la réalité locale, tant l’homme a su mettre l’agglomération paloise, voire le Béarn et tout le 64, sous sa coupe intraitable. En effet chez nous, pas une nomination, prébende ou hochet, attribué hors de son cercle. Bon Roy vu de Paris, des-Pau-te ou né-Pau-te ici. Exemple : juste après la présidentielle 2017, au moment où le Macronisme était encore un espoir, il avait refroidi des Marcheurs locaux, ivres de renouvellement et de progrès, en leur déclarant crânement « qu’ils n’avaient pas de chance car ici il était là ».
Notre époque est exigeante, et réclame à la foi de la force, mais aussi de l’audace, de la créativité, et du renouveau. Tout en sachant marcher sur des œufs au moment d’entrer à Matignon.
Fallait-il, pour ces enjeux, recruter un dinosaure ? On verra bien, m… à toi François !
Michel LAMARQUE
… Mais « Pau brisé ! »
Le Pays basque et le Béarn, tout deux brisés par l’émotion, n’en reviennent pas d’une telle promotion tellement inattendue qui hisse leur « pays » respectif au rang de province bénie du dieu de l’Olympe.
Nos deux belles régions espèrent profiter économiquement de ce gentilhomme campagnard appelé par Jupiter en sa capitale car politiquement il régnait déjà en petit maître sur les nombreux élus communaux, départementaux et régionaux qui, volontairement ou non, supportaient les intempéries dictées par ce cavalier émérite.
Il manque cependant à notre François une belle moustache qui l’aurait rapproché de Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan, à défaut de ressembler à celle du Général de Gaulle. Peut-être ne veut-il pas finir comme ce mousquetaire avec un siège éjectable nommé la « censure ».
Nous souhaitons tout le panache possible à notre Béarnais, espérant qu’il passe un jour sur son command-car devant ses commensaux ébahis.
Dominique DE LA MENSBRUGE

Le raminagrobis palois
Raminagrobis, vous connaissez? Un chat roue madré… Un personnage issu de notre littérature française mais qui n’a pas pris une ride de Rabelais à La Fontaine qui s’en est inspiré pour sa fable « Le chat, la belette et le petit lapin« .
Raminagrobis? « C’était un chat vivant comme un dévôt… Un chat faisant chattemite. Un saint homme de chat,bien fourni,bien gras et gros ….arbitre expert sur tous les cas… Approchez, approchez mes enfants ! Aussitôt qu’à portée il vit les contestants, jetant des deux côtés la griffe en même temps, il mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre .
Cela ressemble fort aux débats qu’ont parfois les petits souverains se rapportant aux rois. »
Pascale VIOT
Combat de coqs à l’Élysée
Pouvait on imaginer un tel bras de fer entre le président et un prétendant ? Ce qui s’est déroulé lors de la nomination de François Bayrou au poste de premier ministre est une nouvelle illustration des comportements individuels et narcissiques de nos dirigeants. Si tu ne me prends pas comme chef du gouvernement, je fais un malheur. Exit le compagnon de la première heure Sébastien Lecornu qui est sacrifié sur l’autel des egos. Moi, combattant historique de la cause centriste je veux sa place.
Tel est le discours inattendu que nos acteurs ont pu tenir lors de cette journée de vendredi qui a été l‘objet d’une surenchère ahurissante. Moi, moi, moi pour le Béarnais. Je, je, je pour notre président discrédité et affaibli depuis sa dissolution catastrophique et cause de tous les maux. À vouloir se prendre pour Jupiter sans avoir l’aura de la mythologie, on retrouve vite les réalités terrestres.
Une nouvelle cohabitation commence, après les Mitterrand/Chirac, Mitterrand/Balladur et Chirac/Jospin nous voilà avec le tandem Macron/Bayrou pour un attelage imprévisible compte tenu des rapports de force au sein de l’Assemblée Nationale.
Le président voulait gouverner avec le ni ni, « ni gauche ni droite ». Le Premier ministre souhaite lui y mettre un terme et prône le « avec la gauche et avec la droite ». Combien de temps un tel attelage va-t-il tenir ?
Philippe MOREL
Braquage à Matignon
C’est le très modéré Alain Duhamel, chroniqueur télé que l’on ne peut guère soupçonner d’extrémisme, qui le dit dans « C’est à vous » sur France 5 : « Macron est un banquier qui n’y connaît rien en politique et le démontre depuis 2017 ». La nomination de Bayrou à Matignon prouve à quel point le rusé Béarnais a été capable de manger le cerveau d’Emmanuel Macron. Convoqué par Jupiter à l’Élysée dès potron-minet le vendredi 13 décembre, pour s’entendre dire que sa candidature pour Matignon n’était pas retenue et que l’ancien ministre de l’Industrie Roland Lescure allait être l’heureux élu, le maire de Pau et inexistant commissaire au Plan a renversé les guéridons et annoncé à un Jupiter, plutôt mou du genou sur le coup, que dans ces conditions il quittait immédiatement la majorité présidentielle. C’est tout l’art de François Bayrou, dont les troupes MoDem n’arriveraient même pas à remplir le théâtre du Colisée à Biarritz, de faire croire que rien n’est possible sans lui.
Bluffé par le culot du Palois, Macron a cédé, affirmant au passage à ses proches que Bayrou lui « avait tordu le bras », et c’est ainsi que la Ve République peut s’enorgueillir d’accueillir à Matignon l’auteur d’un délicieux hold-up.
Le pays est-il sauvé pour autant ? Le sage Alain Duhamel n’y croit guère : « Les chances de succès de Bayrou sont microscopiques». François Bayrou, c’est l’homme qui susurrait à l’oreille de Macron dès 2017 le « ni droite ni gauche et en même temps », avec les conséquences que l’on connaît : l’effondrement des partis républicains de gauche ou de droite et le renforcement des partis extrémistes. Macron et Bayrou ne semblent avoir qu’une seule conviction politique, l’amour d’eux-mêmes, et on voit mal comment ces deux-là vont faire pour se supporter.
François Bayrou est aussi l’homme des affaires judiciaires à répétition. Récemment blanchi dans l’histoire des assistants parlementaires au Parlement européen, il a vu le parquet faire appel de sa relaxe. Où est le temps où un jeune blanc-bec socialiste promettait pour devenir Président de la République en 2017 de « moraliser la vie publique » ? Le choix de François Bayrou comme Premier ministre nous prouve que la préoccupation d’alors n’est plus de mise.
C’est l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer dans son ouvrage paru en 2024, « La Citadelle », qui semble avoir le mieux cerné le maire palois : « Le verbe plutôt que l’acte, l’apparence plutôt que la réalité, les joies de Narcisse plutôt que les travaux d’Hercule ».
Reste un écueil de taille. À 73 ans, François Bayrou n’est plus qu’à une marche du poste suprême dont il a toujours rêvé, lui qui depuis quarante ans reste très contemplatif dans le marigot politique. Devoir se mettre au boulot à cet âge là et occuper aux dires de tous le poste le plus dur de la Ve République, est-ce vraiment raisonnable ?
Jean-Yves VIOLLIER
LA RÉACTION D’UN CONFRÈRE
Faire confiance à Bayrou?
Ancien du « Monde » et de « France2 », le journaliste Philippe Etcheverry se souvient très bien des débuts, plutôt sinueux, de l’homme politique.
En Janvier 1994, François Bayrou, Ministre de l’Éducation Nationale, propose d’abroger la loi Falloux, qui limitait les aides à l’école privée. Le 16 janvier, un million de manifestants dans les rues de Paris – un record !- contraignent le Béarnais à retirer sa loi. Une semaine plus tard, Bayrou se présente au dîner du congrès national des APEL (parents de l’école libre) à Lourdes où il est accueilli par une terrible bronca. Il monte à la tribune sous les cris de » Traître, vendu« , mais retourne ses détracteurs en les assurant qu’il n’a pas changé d’avis et que les syndicats ont interprété à leur avantage ses déclarations. Envoyé par France 2, j’obtiens, alors qu’il quitte précipitamment les lieux, une interview dans laquelle Bayrou me répète ses propos. Mais alors que je range ma caméra, le ministre revient en courant poursuivi par son chauffeur, et me demande « Mais c’est pour qui l’interview ? « Le lendemain il fera l’assaut de la rédaction de France 2 pour obtenir que le reportage soit déprogrammé ! En vain !