
Dans la lettre de Florence Lasserre : « Une semaine avec votre députée – 25 mars 2024 », un thème fort: la dette. « Si notre pays a pris l’habitude de vivre à crédit depuis 1974, année du dernier budget excédentaire, nous devons prendre garde aux répercutions (sic) que la dette fait courir sur notre économie. »
C’est fantastique de voir une élue accepter un état de fait comme une fatalité, sans se poser la question : pourquoi avant 1974 le budget était-il excédentaire ? Venant d’un politique, cette curiosité devrait être spontanée. Et bien non, depuis 1974, on supporte LA dette, c’est comme ça ! C’est la faute à pas d’chance.
Et bien je vais aider notre Florence; puisqu’elle ne se pose pas de question, je vais quand même lui répondre.

Oui, il s’est passé quelque chose d’important en 1973/1974 : le gouvernement Pompidou, Messer, Giscard, fit une loi interdisant à l’Etat de se financer auprès de la banque de France à taux 0 %. (article 25 de la loi du 3 janvier 1973). En conséquence l’Etat fut obligé – et est toujours obligé – de se financer auprès des marchés et banques privées qui, eux, ne prêtent pas à taux zéro. En plus du capital à rembourser il faut donc payer l’intérêt que réclame ces mêmes acteurs financiers privés. Ces sommes empruntées pour payer ces intérêts ne servent à aucun investissement.
Je rappellerai aussi qu’en 1981, quand Mitterrand a pris le pouvoir, 45 députés ont demandé l’abrogation de la loi de 1973 et le retour à la Banque de France comme prêteuse à taux 0 à l’Etat. Pour des raisons qu’il vaut peut-être mieux ignorer, Mitterrand et les autres députés, ont préféré continuer à emprunter auprès des marchés privés.
Donc, chère Florence, notre pays n’a pas « pris l’habitude de vivre à crédit », il fut , ou plutot, nous Français, fûmes contraints de vivre ainsi.
Je ne vous critique pas, en 1974 je n’ai rien vu venir. Mais j’étais trop jeune et je n’étais pas un politique. Aujourd’hui, « Alors que les intérêts de la dette sont en passe de devenir le premier budget de la nation » comme vous le signalez, il y a peut-être un retour aux sources nécessaire et, qui sait, quelque chose à faire .. de politique.
Michel GELLATO