Le Centre européen de fret (C.E.F.) a été créé en 1988 pour assurer une déserte logistique et ferroviaire dans les barthes, plaines humides bordant l’Adour à Mouguerre et à Lahonce. Il occupe aujourd’hui une zone remblayée de 88 hectares sur les 100 prévus au siècle dernier.
Roland Hirigoyen, maire de Mouguerre, veut artificialiser les douze hectares restants (PA 064 407 23B002 – arrêté du 31/01/2024). Pour y arriver, il met une pression inamicale sur un agriculteur, ultime aborigène de cette zone humide naturelle, abritant de nombreuses espèces animales, d’une part, et constituant une zone d’infiltration des pluies, zone tampon en cas d’inondation, d’autre part.

Lahonce – Carte Espace Naturel Sensible
UNE PRESSION INAMICALE D’UN AUTRE ÂGE
Sud-Ouest du 14 juin 2023 (*1) nous apprend que sa « mère avait été obligée de partir à 90 ans pour faire de la place » et laisser à l’abandon sa belle ferme labourdine du XVIIIème vouée à la destruction. Pire encore, en fin d’année 2023, Alain Iriart, maire de Saint-Pierre d’Irube et Roland Hirigoyen, maire de Mouguerre, accompagnés d’un représentant de la Société d’Equipement des Pays de l’Adour (SEPA), aménageur du site et d’un autre du C.E.F. sont venus mettre la pression sur cet agriculteur, « dernier des mohicans » de ces barthes. « Ce sont des puissants et nous, on n’est rien du tout. C’est difficile à vivre. ». Faut-il les laisser seuls ?
Malgré le slogan « Le Pays basque n’est pas à vendre », ces deux maires, qui mettent en avant leur « basquitude », veulent-ils recommencer les pressions des années 1970 ? A quel prix ? Pour 5 € le mètre carré ? Notre beau Pays basque serait-il situé en Chine ou en Russie ?
DES DÉPENSES INUTILES ET UN BUDGET SOUS ÉVALUÉ
Cet aménagement et son remblaiement devraient coûter douze millions d’euros alors qu’il y a juste à côté un équivalent de dix hectares de friches industrielles, les anciennes Salines de Bayonne, actuelles propriétés de la CAPB qu’il faudrait auparavant dépolluer. Enfin, la SEPA, soutenue par la CAPB et son président Jean René Etchegaray, veut construire pour 16,6 millions d’euros un bâtiment au profit d’une holding américaine ENOVIS (ex DJO) sur plus de trois hectares qui n’a rien à voir avec le ferroviaire objet initial du C.E.F..
Dans son bel et complet article du 05 février 2024, Enbata (*2) nous explique que le futur remblaiement va faire monter les inondations de plus de dix centimètres à Lahonce en cas de crue de l’Adour par rapport à l’état actuel de remblaiement.
Enfin, outre ces chiffres, nos brillants élus ont omis toutes les dépenses annexes comme les routes, les ponts, les logements du personnel etc.. et surtout un « fameux échangeur » dont personne ne sait rien et surtout pas le coût prévisionnel, sauf nos élus sus-cités !
UNE PARTICIPATION DU PUBLIC PAR VOIE ÉLECTRONIQUE (PPVE) TARDIVE
Le permis d’aménager (PA 064 407 23B002) de Mouguerre du 31 janvier 2024 officialisant cette opération nous a permis de lire les commentaires des soixante-six contributeurs retenus par cette PPVE. On y trouve trente-cinq Lahonçais, sept Mougertars dont trois de l’association « Mouguerre Cadre de Vie », dix-huit anonymes et six autres qui ont disposé d’un petit mois pendant les vacances de Noël pour jeter un œil et encore sans disposer de tous les documents dont certains sont arrivés le 19 décembre. Mis à part trois contributeurs favorables au projet, tous y sont opposés dont le conseil municipal de Lahonce, principal concerné.
On peut constater que les Mougertars sont peu intéressés par la vie de leur commune à moins qu’ils ne fassent une confiance aveugle à leur maire. Il est vrai qu’il n’y a pas d’opposition dans son conseil municipal. En revanche les Lahonçais, même ceux de l’ancienne équipe municipale, comme Martine Charron, se sont réellement inquiétés de la sécurité de leurs concitoyens ou de son aspect peu écologique : « la disparition des dernières Barthes de Mouguerre : photos chocs de janvier 2023 de plusieurs hectares transformés en lac,.. » ou « Pourquoi un terminal à Mouguerre avec son lot de camions supplémentaires sur une autoroute étant déjà un couloir à camions. La voie maritime existante n’est-elle pas plus écologique ? » ou encore « Mais comment le Maire de Mouguerre peut-il décider dans son permis d’aménager de la création d’une route dans les Barthes de Lahonce sans l’avis ou l’information de la commune concernée ? » etc…
Nos élus des barthes ou de la CAPB voudraient-ils recommencer le désastre du 28 février 2010 ayant fait vingt-neuf victimes à la Faute-sur-Mer en Vendée ?
COMPORTEMENT ERRATIQUE ET INCONFORTABLE DES ELUS DE LAHONCE
Lundi 12 décembre 2022 s’est tenu un conseil municipal à Lahonce qui, par sa délibération n° 71-2022 (*4) autorise, « le maire à signer toutes pièces administratives nécessaire à la poursuite de cette affaire » : les mesures compensatoires du Centre Européen de Fret (CEF) par 9 voix pour 4 contre et 4 abstentions. David Hugla, maire de Lahonce, a pris part à ce vote (« pour ») sans que personne n’y voit malice sauf RAMDAM.
Vendredi 29 décembre 2023 (à 10:13) le maire de Lahonce, David Hugla et son conseil municipal dans son entier ont déposé la contribution n°46 suivante : « Pour l’unanimité des élus municipaux lahonçais et pour bon nombre de citoyens, il est inacceptable de permettre de telles pratiques qui vont résolument à l’encontre de nos engagements de protection de cette zone à fort enjeu écologique, dont la présence d’espèces rarissimes est clairement avérée. Au vu de ces éléments, il nous paraît indispensable que les études concernant l’implantation de la société ENOVIS (ex-DJO) sur le CEF soient largement approfondies, notamment en termes d’accessibilité. De plus, il est particulièrement regrettable que ce scénario ne nous ait jamais été soumis et que nous n’en ayons été informés que par l’intermédiaire de l’association Mouguerre-Cadre de Vie. En tant qu’élus de la commune concernée, cette information aurait dû nous être adressée en tout premier lieu. En outre, les documents afférents à la création de ce giratoire n’ont été communiqués au public qu’à partir du 19 décembre 2023 ».
On n’y comprend plus rien sauf que la position de David Hugla est devenue très inconfortable. En effet, si l’on se réfère à LinkedIn, le maire de Lahonce occuperait les fonctions de « Directeur commercial du groupe Mendy » (*3), groupe qui souhaite étendre son emprise sur le C.E.F..
N’y a-t-il pas un soupçon de « conflit d’intérêt » voire de « prise illégale d’intérêt » commise par cet élu ? RamDam s’interroge ! Mais le procureur de Bayonne ne devrait-il pas, lui, interroger la loi au titre de l’article 40 !
RÉSUMÉ
En résumé, ce projet semble peu abouti ou plus exactement abouti pour expulser et faire pression sur un agriculteur et sa famille qui ont déjà très largement contribué à la création du C.E.F. dédiée à une activité de ferroutage. Qu’on laisse enfin tranquille cette famille !
Chers élus, il nous semble que votre copie doit être revue en concertation avec tous les intervenants dont les citoyens des communes concernées et à l’aune du réchauffement climatique et d’une véritable écologie pour ne pas oublier les visons d’Europe, les ragondins et autres espèces qui vont disparaitre sous des tonnes de rochers, de gravier ou de béton.
Dominique DE LA MENSBRUGE
- S-O du 14/06/2023 par Pierre Mailharin
- https://www.enbata.info/articles/le-cef-et-la-quatrieme-voie/
- David Hugla sur LinkedIn : Deux belles journées de travail et de convivialité
- Procès verbal du CM de Lahonce du lundi 12déceùbre 2022 (Délibération n° 71-2022 (page 8 et 9/16)
Bonjour. Et aucun recours, dans les 2 mois, au tribunal administratif ?…
Si non, c’est leur laisser le champ libre !
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Conflit d’intérêt évident. Il faudrait être aveugle, sourd et déficient mental pour ne pas comprendre l’intérêt pour certains d’aller vers la réalisation de ce projet. Nous sommes en permanence dans les injonctions contradictoires. Comment s’y retrouver? Il faut préserver la nature, mais les projets qui la détruisent se multiplient. Nous vivons dans l’angoisse de nous retrouver un beau matin devant un parking payant, un pumptrack, une zone de frêt, un supermarché, un rond point, une médiatèque. Tant de projets, bien souvent, sans intérêt pour les citoyens de petites communes comme les nôtres. Les citoyens veulent avant tout pouvoir profiter de leur environnement.
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