Le « Cade » et « Mouguerre Cadre de Vie » ont réussi à mobiliser plus de 150 personnes contre le projet d’artificialisation de 12 hectares de barthes au Centre de Fret européen.
Mais quelle démonstration magistrale ! L’association citoyenne RamDam 64-40 est toujours sensible aux citoyens qui se retroussent les manches, ne se fient pas aux belles promesses des élus et décident d’aller vérifier par eux-mêmes les documents administratifs accessibles au public. Réussir, quinze jours avant Noël, à mobiliser un lundi soir pluvieux plus de 150 personnes salle d’Ilbusty à Mouguerre, montre bien à quel point le permis d’aménager 12 hectares de barthes, ces terres humides qui permettent à l’eau de s’écouler en cas de crue, révulse les habitants et mérite au moins d’être sérieusement discuté, avant que le maire ne donne son autorisation.
En une heure montre en main, Martine Bouchet, la présidente de « Mouguerre cadre de vie » qui est aussi membre du « CADE » (Collectif d’Associations pour la Défense de l’Environnement) a permis à tous les participants de prendre conscience de l’inanité du projet que les élus préparent en douce. Un grand classique de la vie publique française : on signe d’abord et on discute ensuite avec les administrés.
La présidente de « Mouguerre Cadre de vie » n’affectionne pas les effets oratoires ou les cris, elle se livre juste à une lecture détaillée des 1 689 pages du dossier et à la démonstration de ses incohérences. Le projet d’artificialisation de 12 hectares de barthes situées dans le périmètre du Centre Européen de Fret est en effet loin d’être clair. Une partie serait dévolue à Brittany Ferries qui souhaite mettre des camions sur des trains dans l’axe Cherbourg-Mouguerre, (avant que les camions ne reprennent le trajet pour Bilbao ou Santander, par la route), une autre à l’entreprise DJO, spécialiste des appareillages médicaux qui souhaite s’agrandir et éventuellement créer des emplois. On artificialise d’abord, avec 14 000 camions venus livrer 140 000 mètres cubes de remblai, et on réfléchit ensuite.
Martine Bouchet démontre à tous à quel point le projet de Brittany Ferries est prématuré puisque du côté de Rouen rien n’est prévu avant 2025. Quant à DJO, faut-il vraiment sacrifier des zones humides pour de vagues promesses d’embauche? La Loi en effet interdit, sauf cas de force majeure, de détruire des zones humides et oblige à compenser si on ne peut pas faire autrement.
On ne joue pas avec les inondations et le changement climatique
Les riverains de Lahonce ou Port Mouguerre, photos à l’appui, constatent de leur côté que chaque année l’eau monte inexorablement et vient davantage lécher leurs maisons. Comme la région de Calais, le Pays basque est montré du doigt par les spécialistes comme une zone particulièrement menacée par le changement climatique. La promesse de pompes plus puissantes faite par les élus ne les rassure donc nullement.

La salle s’est avérée trop petite et une bonne partie de l’assistante a suivi la réunion debout.
Quelques « études » ou prétendues telles, judicieusement exhumées par les militants de « Mouguerre Cadre de vie » font même rire jaune les spectateurs. Selon les « spécialistes », la circulation ne devrait augmenter que de 0,5% d’ici à 2029. Un avis pas partagé par tous les automobilistes qui restent coincés chaque matin le long de l’Adour. Et que dire de la consultation publique, obligatoire quand des espèces protégées sont menacées, et qui s’est déroulée en catimini du 1er au 15 septembre 2023 ? Tout cela donne le sentiment d’une Communauté d’Agglomération qui veut agir très vite sans laisser le temps aux citoyens de s’exprimer.
Maire de Mouguerre, Roland Hirigoyen, est présent à cette réunion, ce qui est à son honneur. Lorsque la parole lui est donnée, il tente de justifier l’injustifiable en évoquant « Mouguerre qui devient une ville de vieux » ou en se réfugiant « derrière les nécessités économiques », ou en réaffirmant « son souci de protéger la population », mais ses arguments ne convainquent pas et il essuie une belle bronca de la salle.
Venus au soutien, Alain Iriart, maire de Saint-Pierre d’Irube et Marc Saint-Esteven, maire de Villefranque ne se montrent guère plus convaincants. Ils donnent le sentiment que les élus font bloc pour essayer de passer en force sans prendre la peine de se concerter avec la population. C’est un spectateur qui aura le mot de la fin de cette réunion très animée. « Si on vous laisse faire, la nature sera détruite pour l’éternité ». On ne saurait mieux résumer le projet.
Jean-Yves VIOLLIER
Pour signer la pétition : https://www.cade-environnement.org/2023/12/07/nouvelle-petition/
Bravo à eux. Encore une fois les citoyens prouvent que l’on peut agir et gagner si les choses se passent bien. Bon courage.
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Merci encore de nous informer et nous donner un autre angle de vue. Longue vie à Ramdam!
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Merci pour le relais de cette soirée et de la pétition ! Petite précision très factuelle, puisque le but pour nous est de donner de l’info rigoureuse (pas facile de faire du Ramdam !), Brittany ferries peut démarrer sur la zone déjà artificialisée du CEF (phase 1 du projet) sans toucher les barthes. Ce sont pour les deux autres opérateurs déjà présents sur le CEF que leur extension reste « à caler » en 2025 (selon les termes du dossier), d’autant que pour l’un d’entre eux cela nécessite d’agrandir le périmètre du CEF. D’où la position du CADE et de Mouguerre Cadre de Vie : DJO ne doit pas s’installer sur les barthes puisque d’autres sites sont possibles pour elle (juste à côté il y a 10 hectares de friches industrielles), et le remblaiement pour le ferroviaire est prématuré.
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Merci pour cette précision et encore bravo pour votre action citoyenne.
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