Réunion d’information ou one man show comique ?

L’attitude badine des représentants de Domofrance et du COL, a consterné tous ceux qui ont encore en mémoire la mort d’un grutier à Saint-Esprit.

A l’évidence, travailler au COL (Comité Ouvrier du Logement) ou à Domofrance n’engendre pas la morosité, face à une catastrophe comme la chute de la grue et le décès d’un homme. C’est la réflexion un peu amère qu’auront pu se faire la soixantaine de participants venus le 16 octobre au soir, assister salle Sainte-Ursule dans le quartier Saint-Esprit à Bayonne, à une réunion d’information sur la reprise du chantier entre le boulevard Alsace-Lorraine et le quai Bergeret.

Tout sourire et très sûrs d’eux, les cinq participants de service ce soir là ont passé leur temps à plaisanter entre eux et à répondre au public avec amusement, limite de façon goguenarde, tandis que mes voisins, tout comme moi, semblaient se demander s’ils ne s’étaient pas trompés de salle et atterri par mégarde au café théâtre La Luna Negra.

Pas de panique !

Comme on s’adresse à des enfants qui ont parfois un peu de mal à comprendre, les cinq personnes sur scène semblent être là pour  nous dire et nous redire, que oui, le chantier va bien repartir. Mais que personne ne s’inquiète, cette fois ci, tout va être très sécurisé, très surveillé, très contrôlé. Est-ce à dire qu’il y a dix huit mois, ce n’était pas le cas ?

Imed Robbana, directeur du COL, a confirmé que l’expertise technique était terminée depuis juin et leur avait été remise. En dehors des bailleurs, qui a vu cette expertise ? Même s’il déplore cet accident, il admet que le zéro accident n’existe pas dans le bâtiment. Et donc, on retente le coup encore une fois ?

Le public a posé énormément de questions sur des points techniques. Comment une nouvelle grue pourrait tenir dans un sol inondé ? Comment une flèche de grue qui pivote constamment peut évoluer juste à côté d’un échafaudage ? Comment sur un boulevard aussi fréquenté (réseau de bus et grandes lignes, voitures et piétons) pourront stationner les camions nécessaires au chantier ? Toujours avec la problématique de cet axe de circulation très dense peut on prévoir côté boulevard Alsace Lorraine une entrée et sortie de parking de la résidence La Psychée?

Le calendrier annoncé aux participants.

Les réponses aux questions posées pourraient se résumer à ça : ne vous inquiétez pas, tout a été déjà pensé. Et puis, pour finir, un peu agacés quand même : c’est comme ça, on ne peut pas faire autrement, si l’on devait repenser le projet, ce serait beaucoup trop d’argent de perdu.

L’accession à la propriété

« Le besoin de plus de solidarité, le projet de permettre à tous de penser son logement, penser les usages de sa résidence, être acteur de son lieu d’habitation est une nécessité » pour Imed Robbana directeur général du COL. Ces louables paroles auraient pu sortir de la bouche de l’abbé Pierre, précurseur de la lutte contre l’exclusion et partisan de l’économie sociale et solidaire.

Le projet présenté en réunion.

Dans la définition du BRS (Bail Réel Solidaire), il y a social, soit, mais pourquoi Domofrance ne commercialise que des logements en accession à la propriété plutôt que d’inclure dans son projet de 30 appartements, une partie en location ? Et si en plus, on inclut à social, les mots solidaire et participatif, on touche le jackpot et on arrive à un projet innovant sur du foncier public : le projet de l’association Âge et Partage avec l’immeuble Zubi Mayou sous l’égide du COL.

Il a été rappelé par un habitant de Saint-Esprit que les projets à l’attention des seniors se font d’habitude avec du foncier public, sur des logements en location. Les seniors qui créent des coopératives de propriétaires sur du foncier privé rencontrent davantage de contraintes et de difficultés pour obtenir des prêts.

Jean René Etchegaray, maire de Bayonne, interpellé par une dame du public, pour connaître l’origine de ce projet Zubi Mayou, explique que Martine Bisauta qui s’occupe de la commission ville durable et stratégies municipales a été séduite par ce projet. Il précise qu’en tant que maire de la ville, il a pu être facilitateur de ce projet. Il est conscient que des personnes seniors ne pouvant bénéficier de prêts bancaires ne peuvent que vendre leurs biens immobiliers déjà existants.

Peut être est-ce cet aspect qui a du mal à coexister avec le côté social de l’acquisition, qui sera à un coût relativement intéressant et bien en dessous du marché. À la question, de ce qu’il adviendra du logement au décès de la personne de cet habitat de seniors, la réponse du COL est qu’ils y réfléchissent. On fait et on voit après, c’est un peu ce qui ressort de cette réponse. Heureusement que le code de la route, le code pénal ou toute autre législation ne sont pas pensés après coup.

« C’est un projet sur le long terme qui va bien au-delà de nous ». Colette Schnurrenberger, qui préside cette association Âge et Partage depuis 2017, nous indique que les adhérents et futurs propriétaires (à ce jour âgés de 62 ans à 80 ans) ne peuvent dépasser 2 000 euros de revenus chacun pour bénéficier de ce BRS, n’ayant pas les moyens d’aller dans des structures plus luxueuses. Ils disent qu’ils souhaitent vieillir entourés entre personnes qui se connaissent, mais en dehors d’une salle commune pour la laverie, chacun aura son appartement. Peut être est-ce cela le côté participatif ?

Pas mal d’amertume en sortant de cette mauvaise soirée théâtrale. Tellement de personnes sont devenues individualistes qu’à l’évidence, le chacun pour soi prévaut. Et puis le jour où les bailleurs sociaux, les architectes, les maires habiteront dans les quartiers où sont implantées les résidences dont ils sont à l’initiative, avec les nuisances des chantiers et les inconvénients qui en découlent, bien des choses changeront. Car, derrière les beaux discours, les intervenants ont souvent donné le sentiment de ne pas savoir de quoi ils parlaient.

Danielle BONNARDET

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